« Violences urbaines » : le ministère de l’Intérieur forcé de revoir sa copie sur l’interdiction des journalistes en manifestation

Une formule validant l’interdiction de la presse lors des manifestations a finalement été supprimée. Selon le mémoire envoyé par le ministère de l’Intérieur pour une audience en fin de matinée devant le Conseil d’État, jeudi 11 septembre, Beauvau a retiré une directive qui figurait dans le document appelé « schéma national des violences urbaines » (SNVU), requalifié en « guide opérationnel des violences urbaines ».

La plus haute juridiction administrative avait été saisie par le syndicat de journalistes SNJ-CGT. Une phrase de ce document interne, qui date de fin juillet, inquiétait particulièrement : « La prise en compte du statut des journalistes telle que consacrée par le schéma national du maintien de l’ordre, ne trouve pas à s’appliquer dans un contexte de violences urbaines ».

Cette formule « ayant été, en raison de son ambiguïté, mal comprise par les observateurs, il a été décidé de la retirer », écrit le ministère de l’intérieur dans son mémoire. « Une nouvelle version » du texte « a été adoptée et est en cours de diffusion », écrit le ministère de l’Intérieur.

Une trentaine d’organisations opposées au texte

Dans un communiqué, le SNJ-CGT s’est dit « heureux de cette première victoire ainsi que du recul du ministère de l’Intérieur ». « Un certain nombre de dispositions assimilant les journalistes aux manifestants visaient à priver les journalistes de la protection inhérente à leur fonction et à entraver de manière disproportionnée la liberté d’informer », a fait valoir ce syndicat, défendu par l’avocat Arié Alimi.

Le texte avait provoqué l’indignation de différentes organisations, en amont du mouvement « Bloquons tout » mercredi et de la journée d’action à l’appel des syndicats le 18 septembre. Au total, une trentaine de sociétés de journalistes, plusieurs syndicats représentant la profession (SNJ, CFDT-journalistes, SNJ-CGT), mais aussi des ONG (la Ligue des droits de l’homme et Reporters sans frontières) s’étaient opposées au texte.

Avant la suppression de la formule, la secrétaire générale adjointe du SNJ-CGT, Soraya Morvan-Smith, alertait, début septembre dans nos colonnes : « C’est extrêmement dangereux et c’est aussi grave pour la sécurité des journalistes parce que ça peut les mettre en danger. »

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