Féminicide : ce qu’il faut savoir avant le procès de Cédric Jubillar, énième exemple sordide des violences faites aux femmes

Le procès Jubillar actera-t-il une meilleure prise en compte des violences de genre ? Depuis un an et la tenue du procès Pelicot à Avignon, puis ceux du chirurgien pédocriminel Le Scouarnec à Vannes, de l’assassin de Chahinez Daoud à Bordeaux, ces affaires démontrent la prégnance de la violence masculine dans notre société et l’importance de l’affronter dignement.

Cette fois encore, la presse sera présente en nombre (300 journalistes accrédités), mais une soixantaine de places ont aussi été réservées au public dans la cour d’assises du Tarn. « La publicité des débats est assurée », a certifié Nicolas Jacquet, procureur général près la cour d’appel, comme en écho à l’absence d’espace prévu pour le public dans les salles d’audience des procès Pelicot et Le Scouarnec. Une salle de retransmission a aussi été mise en place au sein du tribunal d’Albi, à proximité de la salle de la cour d’assises.

Depuis cinq ans, l’affaire Jubillar revient régulièrement dans l’actualité, comme un feuilleton sordide, sans pour autant clarifier les zones d’ombre. En juin dernier, après des codétenus, une ex-compagne de l’accusé assurait qu’il lui avait fait des aveux. Il y a quelques semaines, elle précisait qu’il lui avait depuis adressé des menaces de sa maison d’arrêt de Seysses (Haute-Garonne). Cédric Jubillar, lui, continue de clamer son innocence.

Le mari enfin suspecté

Un faisceau d’« indices graves et concordants » a persuadé le procureur de poursuivre le mari de la disparue, Delphine Jubillar, malgré l’absence de corps. Dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020, en période de couvre-feu liée à l’épidémie de coronavirus, la jeune femme de 33 ans disparaît de son domicile de Cagnac-les-Mines (Tarn). Pourtant, ses papiers d’identité, sa carte bancaire, ses lunettes, les clés de son véhicule n’ont pas bougé des lieux.

Son téléphone a continué de borner à cet endroit avant de s’éteindre au petit matin. C’est à l’aube que Cédric Jubillar a alerté les gendarmes, réveillé dans son sommeil par sa fille de 18 mois. L’absence de la mère de ses deux enfants l’inquiète.

Les gendarmes enquêteront plusieurs mois avant de suspecter le mari. L’aîné des enfants les avait entendus et vus se disputer ce soir-là. La voiture de Delphine est étrangement garée. Les lunettes, qu’elle portait le jour même, ont été retrouvées cassées en deux endroits de la maison. L’amant, suspecté un temps, fournit un alibi et la géolocalisation de son portable le confirme.

Depuis quelques mois, Delphine Jubillar entretenait une relation avec cette personne avec laquelle elle voulait s’installer. Son mari avait du mal à accepter le divorce. Et encore moins la potentialité d’un amant. « J’en ai marre, je vais la tuer, je vais l’enterrer et personne ne la retrouvera », s’est-il emporté quelques semaines avant la disparition, confiera sa mère.

En creusant, les enquêteurs ont découvert un mari criblé de dettes, habitué à utiliser le compte en banque de sa femme. La perspective du divorce lui aurait fait perdre sa maison, qu’il tentait de construire de ses mains. L’ouvrage, jamais achevé malgré les promesses renouvelées de l’ouvrier en bâtiment, était la source de récurrentes disputes. Son comportement à l’égard de son épouse pouvait être humiliant, méprisant, confirme l’entourage.

Comme les punitions sévères voire violentes envers son fils de 6 ans, dont témoigne une compagne récente. Le personnel scolaire s’alarme de voir un enfant effrayé par son père. L’homme était jaloux, vérifiait les achats de sa femme, l’espionnait, jusqu’à tenter de la géolocaliser par son téléphone. « Je me sens persécutée, harcelée », lui écrit-elle. Il lui a confisqué ses sextoys, car il ne voulait pas qu’elle prenne du plaisir sans lui.

Une volonté de domination articulée à de la violence qui ne peut que renforcer les soupçons des enquêteurs, alors que 80 % des affaires criminelles en France sont soit intrafamiliales, soit commises par le voisinage immédiat.

« Ce dossier est un mystère, il n’y a aucune preuve pour le condamner », avance l’avocat de la défense Alexandre Martin, aux côtés de sa consœur Emmanuelle Frank. « Un dossier dans lequel vous n’avez pas de traces de sang, pas de traces de lutte, aucun corps », précise le conseil de celui qui est incarcéré depuis juin 2021.

Les 14 parties civiles, elles, aimeraient enfin entendre Cédric Jubillar répondre de ses affirmations contradictoires. Mais, surtout, elles voudraient que ce procès redonne enfin corps à la victime disparue, cette infirmière de nuit de 33 ans, discrète, dont l’identité a été effacée malgré la surmédiatisation de l’affaire.

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