L’ordre des médecins complice de Joël Le Scouarnec ? Le parquet de Lorient ouvre une information pour non-empêchement de crime

Moins de deux mois après la condamnation de l’ex-chirurgien Joël Le Scouarnec par la cour criminelle du Morbihan à 20 ans de réclusion pour des violences sexuelles sur 298 victimes, la plupart mineures et en « état d’endormissement » au moment des faits, une information judiciaire a été ouverte ce vendredi 18 juillet, rapporte le parquet de Lorient. L’objectif : faire la lumière sur celles et ceux qui auraient fermé les yeux sur les agissements du pédocriminel.

Stéphane Kellenberger, procureur de Lorient a confirmé « avoir requis en juin 2025 (…) l’ouverture d’une information judiciaire contre X des chefs d’abstentions volontaires d’empêcher des crimes et délits contre l’intégrité physique des personnes », une information initialement révélée par le quotidien Ouest-France.

Le magistrat a également ajouté qu’à la suite de l’enquête préliminaire initiée en 2020 « sur ces mêmes qualifications », cette saisine permettra « au magistrat instructeur de diligenter, dans ce cadre, tous actes utiles complémentaires, notamment aussi à la lumière des éléments issus du procès » qui s’est tenu de fin février à fin mai.

Aucune réaction malgré une première condamnation

Joël Le Scouarnec, pourtant condamné dès 2005 pour détention d’images pédopornographiques à quatre mois de prison avec sursis, avait continué à exercer en tant que chirurgien dans différents établissements de l’ouest de la France, multipliant les victimes jusqu’à son arrestation.

Ni les autorités sanitaires, ni les institutions hospitalières, ni les différentes instances de l’Ordre des médecins n’avaient agi pour encadrer sa pratique médicale. Lors du procès, le Conseil national de l’Ordre des médecins, qui s’était constitué partie civile, avait notamment dit « regretter » les « dysfonctionnements » ayant permis au chirurgien de poursuivre sa carrière pendant plus d’une décennie sa première condamnation.

« Ils disent défendre l’honneur de la profession. Mais comment osent-ils avec leurs pratiques ? Je me sens très honteux d’être soi-disant représenté par cette institution », avait alors dénoncé à l’unisson de nombre de ses confrères, François Meuret, généraliste retraité et membre du Syndicat de la médecine générale (SMG).

Selon Stéphane Kellenberger, qui a répondu aux journalistes de Ouest-France, il faut distinguer « ce qui pourrait relever de la responsabilité civile ou administrative et de la responsabilité pénale. Il y a ceux qui savaient mais qui, peut-être pas sciemment, ont fait preuve de négligence ».

« Joël Le Scouarnec devait-il être seul dans le box ? »

Lors de ses réquisitions, le procureur de Lorient, s’était interrogé : « Joël Le Scouarnec devait-il être seul dans le box ? » « Il aurait pu être fait mieux, être fait autrement, même au milieu du fameux mille-feuille administratif français, chacun se renvoyant allègrement la balle jusqu’à ce que cette balle soit perdue et percute des innocents », avait lancé le magistrat.

Une ancienne responsable d’un des hôpitaux dans lesquels avait exercé le médecin avait admis « un loupé » (sic), quand une autre avait justifié l’embauche du pédocriminel en raison d’un criant « besoin de chirurgiens ».

Ce vendredi 18 juillet, Maître Marie Grimaud, qui représentait une quarantaine de parties civiles lors du procès à Vannes a réagi à l’ouverture de cette information judiciaire : « C’est vrai qu’il manquait de toute façon toutes les responsabilités (…) secondaires ».

Pour Maître Thibaut Kurzawa, avocat de la défense, il s’agit d’une annonce « logique » qui « n’est pas une surprise ». Joël Le Scouarnec « a toujours reconnu ses actes, il les a même avoués cette année, donc, après (…) si on estime que d’autres personnes ont une part de responsabilité dans la survenance, voire la poursuite des actes de Monsieur le Scouarnec, c’est à la justice de le dire », a-t-il ajouté.

Pendant le procès, une enquête préliminaire concernant « des victimes éventuellement non identifiées ou nouvellement déclarées » du pédocriminel avait été ouverte après des aveux de l’accusé. Le 28 février, Joël Le Scouarnec avait, entre autres, reconnu « des actes d’abus sexuels » sur sa petite fille, face à l’un de ses fils, père de l’enfant, venu témoigner à la barre.

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