L’ancien secrétaire général de Transparency Maro, Fouad Abdelmoumni, l’historien Maâti Mounjib, ou encore le journaliste Omar Radi… 60 intellectuels, artistes et défenseurs des droits humains estiment, dans une lettre ouverte, mercredi 8 octobre, que « l’heure est grave ».
« Nous nous adressons à vous parce que vous détenez l’autorité ultime, et donc la responsabilité ultime (…) Le peuple du Maroc souffre, sa jeunesse le crie dans les rues avec force », écrivent-ils à l’attention de Mohammed VI, qui s’exprimera, vendredi 10 octobre, lors de l’ouverture de la session parlementaire d’automne, dédiée, comme chaque année, à l’énoncé des priorités de la nation.
Depuis le 27 septembre, le mouvement GenZ 212, récemment apparu sur les réseaux sociaux, appelle chaque soir à des rassemblements pour réclamer des changements majeurs dans l’organisation du système de santé et de l’éducation. Les manifestants réclament aussi la fin de la corruption ainsi que la démission du gouvernement.
L’émergence du mouvement GenZ 212 présente des similitudes avec les mouvements de contestation au Népal, contre les régimes despotiques et corrompus à Madagascar, ou encore en Indonésie et en Thaïlande.
À Rabat, plus de 180 personnes en attente de leur jugement
Les protestations ont commencé mi-septembre après le décès, à l’hôpital public Hassan II d’Agadir (sud), de huit femmes enceintes admises pour des césariennes. Selon le ministère de la Santé, une autre femme est d’ailleurs décédée, mardi 7 octobre, dans cet établissement après y avoir été transférée d’urgence à la suite d’une césarienne pratiquée dans l’hôpital Mukhtar Soussi de Biougra, un petit hôpital de la même région. Une enquête administrative et médicale a été ouverte pour déterminer les circonstances de sa mort.
Les signataires demandent aussi de « lancer un processus de réforme constitutionnelle » et la libération de tous les détenus du mouvement GenZ 212 ainsi que tous « les autres prisonniers politiques et d’opinion au Maroc ». Aux premiers jours de la mobilisation, alors non autorisée par les autorités, des dizaines d’arrestations avaient eu lieu.
À Rabat, 179 personnes poursuivies – en liberté provisoire pour la plupart, à l’exception de six manifestants maintenus en détention -, sont actuellement en attente de leur jugement, selon l’Association marocaine des droits humains (AMDH).
GenZ 212 projette une « mobilisation plus efficace »
La semaine dernière, après des manifestations de GenZ 212, des violences avaient éclaté dans le royaume, notamment dans le village de Lqliaâ, près d’Agadir, où trois personnes ont été tuées par des gendarmes « en légitime défense », d’après les autorités. L’un d’eux, assassiné d’une balle dans la tête, était un étudiant en cinéma venu « documenter » les violences, rapportent ses proches à l’Agence France-Presse.
En lien avec ces révoltes dans le village de Lqliaâ, un homme a été condamné mardi à dix ans de prison ferme, pour « destruction préméditée de bâtiments publics », « incendie » et « violence à l’encontre des forces de l’ordre », a indiqué mercredi à l’AFP une source proche du dossier.
Dans la lettre, les signataires exhortent les dirigeants à « traiter les causes structurelles de la colère », demandant aussi de lutter « contre la corruption » et « le clientélisme ». Ils appellent également l’État à faire de l’éducation, la santé et l’emploi ses priorités, plutôt que d’investir dans des projets jugés « somptuaires », comme la construction d’un immense stade à l’approche de la Coupe d’Afrique des nations fin 2025 et du Mondial 2030.
Dans ce contexte, GenZ 212 a annoncé, mardi 7 octobre dans un communiqué, « une pause temporaire » des manifestations, qui reprendront jeudi soir. Une stratégie menée afin de mieux s’organiser en vue d’une « mobilisation plus efficace », selon les auteurs du texte.
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