Sur la grande île, « le DJ ne nous ambiance plus », crie la jeunesse à propos de son président et ancien musicien Andry Rajoelina. Depuis le jeudi 25 septembre, les manifestations dans les grandes villes malgaches – dont la capitale, Antananarivo – sont menées par les jeunes générations, désespérées des coupures d’eau, d’électricité et du manque de pouvoir d’achat, dans l’un des pays les plus pauvres du globe.
Le pouvoir a réprimé dans le sang ce mouvement qui, comme au Népal, en Indonésie ou au Maroc, s’est surnommé « Gen Z » pour génération Z : en moins d’une semaine, au moins 22 jeunes ont été tués par la police et l’armée déployées dans les rues. Ces dernières tirent à balles réelles et ne préservent ni les hôpitaux ni les écoles des grenades lacrymogènes, sans compter les bandes de délinquants qui en profitent pour s’adonner au pillage.
Les manifestants réclament la finn des coupures de courant
Pour autant, « les manifestations ne faiblissent pas », explique à l’Humanité Audrey Randriamandrato, activiste malgache et représentante du mouvement Gen Z : « Nous ne sommes pas satisfaits par les allocutions du président depuis jeudi. Ça continuera tant que nos revendications resteront sans réponse : l’eau, l’électricité, l’inflation, etc. Il propose des solutions expresses mais pas de dialogue avec la Gen Z. » Parmi ces solutions expresses, Andry Rajoelina a décidé de remercier son premier ministre et de dissoudre le gouvernement ce lundi 29 septembre, ajoutant que les « personnes incorruptibles » pouvaient déposer leur CV auprès de la présidence.
Car le président malgache, lié à plusieurs scandales de corruption et de fraude électorale, fait maintenant face à une jeunesse qui veut sa démission : depuis lundi, d’autres villes de l’île comme Tuléar et Fianarantsoa se sont soulevées. À Antsirabe, les gardiens de la paix ont même rejoint le cortège.
« La lutte contre la corruption et le népotisme s’est ajoutée à nos revendications, affirme Audrey Randriamandrato. Ainsi que la colère de voir les enfants du gouvernement afficher un train de vie indécent sur les réseaux sociaux. Ils ont le même âge que certains qui ne peuvent pas manger à leur faim, mais font des allers-retours en jet privé et vont dans des hôtels à Dubaï, comme la fille du président. »
Une véritable demande de transparence et de démocratie donc, comme ce qui a motivé les étudiants népalais il y a quelques semaines. Se disant « non-violent » devant les écrans, Andry Rajoelina s’accroche brutalement au pouvoir depuis plusieurs années, jusqu’à la débâcle des élections de 2023, boycottée par les oppositions, qui avaient été réprimées ou empêchées de se présenter. Même si Madagascar doit faire avec le vampirisme des multinationales et des puissances étrangères, le président est le symbole d’un pays très inégalitaire, où trois quarts de la population vivent en dessous du seuil de pauvreté.
Le haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, Volker Türk, s’est dit « choqué » et « attristé par les pertes en vies humaines et les atteintes aux personnes au cours des manifestations », exhortant le pouvoir à cesser la violence. Partout dans le monde, les soutiens aux jeunes Malgaches affluent, surtout dans les pays qui ont connu le même type de révoltes de cette fameuse génération Z.
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