« Nous allons l’approfondir et accélérer » : défait dans une élection à Buenos Aires, Javier Milei préfère terminer sa destruction de l’État

Autrefois héraut des plus contestataires au sein de la population Argentine, le président Javier Milei retourne ce sentiment de révolte contre lui. Le désenchantement qu’il a causé s’est déjà illustré mercredi 27 août, lorsque l’élu libertarien a été la cible de jets de pierres et de bouteilles lors d’un défilé.

C’est maintenant au tour de son parti, La Libertad Avanza (LLA), de subir les conséquences de sa politique ultralibérale comme des scandales qui émaillent sa présidence – sa sœur et secrétaire, Karina Milei, est soupçonnée d’avoir détourné des fonds destinés aux personnes handicapées. Le président argentin a ainsi subi, dimanche 7 septembre, un échec lors d’une élection dans l’importante province de Buenos Aires, à valeur de test en vue des législatives de mi-mandat, en octobre.

Plus du tiers de l’électorat argentin

Selon des résultats officiels, alors que 93 % des votes ont été décomptés, le parti libertarien fondé par Javier Milei a obtenu un peu moins de 34 % des voix, contre plus de 47 % pour l’opposition, Fuerza Patria (centre-gauche péroniste). La province en question compte, à elle seule, plus du tiers de l’électorat argentin.

La formation de Javier Milei, qui, pour cette élection provinciale, a fait alliance avec le parti Propuesta Republicana (PRO) – de l’ex-président libéral Mauricio Macri (2015-2019) – devrait cependant gagner du terrain au sein de l’assemblée de la province de Buenos Aires. Il devrait y doubler son contingent de douze sièges (sur 92). Des sondages suggèrent quant à eux un noyau dur d’approbation de Javier Milei autour de 40 %.

Buenos Aires étant un fief péroniste, une victoire de LLA au scrutin n’était guère envisagée. L’écart constaté par les cercles mileistes sonne néanmoins comme un camouflet, alors que la plupart des sondages prévoyaient une course serrée. Une défaite d’autant plus marquante que ce scrutin représentait le premier grand test électoral pour le parti de Javier Milei. L’élu d’extrême droite n’avait, jusqu’ici, pas vécu d’élections depuis le début de sa présidence, en décembre 2023.

Javier Milei a reconnu, dimanche soir, « une claire défaite sur le plan politique ». Le président libertarien ne compte cependant pas dévier de cap. « Nous allons l’approfondir et accélérer », a-t-il lancé au quartier général (QG) de son parti, à La Plata, au sud de Buenos Aires. S’il a ramené l’inflation de l’Argentine à 17,3 % sur sept mois depuis janvier, contre 87 % sur la même période en 2024, le président d’extrême droite poursuit son démantèlement de l’État, quitte à isoler une partie de la population dans la précarité.

« Le peuple vient de te donner un ordre »

Son clan a ainsi multiplié les coupes drastiques dans le secteur de l’énergie, la production et l’achat de médicaments, le déploiement de transports en commun, les programmes sociaux tels que ceux de prévention contre les violences sexistes et sexuelles, les budgets alloués aux universités ou encore dans la masse salariale – près de 44 000 postes concernés – des services publics. Le dirigeant s’est aussi illustré en bloquant la hausse des pensions de retraite, et ce, alors que plus de 70 % des seniors argentins reçoivent une allocation inférieure au seuil de pauvreté.

L’ambiance mortifère au sein du QG de LLA, dont les quelques partisans ont rapidement été dispersés, contrastait avec l’exubérance affichée du côté des péronistes. Le gouverneur de la province, Axel Kicillof, a été accueilli aux cris de « Ça se sent, ça se sent, Axel président ! », en référence à l’élection de 2027, a constaté l’Agence France-Presse. « Il va devoir changer de cap, a rétorqué l’élu d’opposition, en guise de réponse directe au président. Milei, le peuple vient de te donner un ordre : gouverne pour le peuple ! »

La situation reste ainsi tendue pour le dirigeant. Outre les accusations de corruption visant son cabinet, Javier Milei a aussi subi un important revers législatif, jeudi 4 septembre. Date à laquelle le Parlement a, pour la première fois de sa présidence, annulé un veto présidentiel sur une loi de financement accru des personnes handicapées. Selon l’exécutif, ce veto se faisait au nom… du sacro-saint équilibre budgétaire qu’il appelle de ses vœux depuis sa campagne présidentielle.

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