Girlcott, l’équivalent féminin du boycott, appartient aux luttes des femmes. Il a été utilisé pour la première fois en 1891, en Californie. Depuis la pétition d’appel au boycott du festival d’Angoulême, relayée dans l’Humanité au mois d’avril, les autrices sont en première ligne de la mobilisation.
Comme Anouk Ricard, grand prix 2025, qui réaffirmait sa décision de boycotter le festival il y a quelques semaines, elles se sont organisées collectivement et sont devenues le fer de lance de la mobilisation générale. À leurs côtés, les femmes et toutes les minorités de genre du milieu de la BD, pour faire bouger les lignes. Derrière Chloé1, cette responsable de la communication du festival licenciée après avoir porté plainte pour viol, elles soulignent que les violences sexistes et sexuelles (VSS) sont au cœur du problème et que le sexisme est une maltraitance qui n’épargne personne.
Aujourd’hui, elles publient un manifeste qui regroupe 285 noms parmi les autrices les plus connues. Elles rappellent comment elles ont conquis leur place dans le milieu sexiste et masculin de la BD et exigent « un traitement plus éthique des individus (…) pour que la BD soit considérée comme un bien culturel, accessible à tous et toutes et non comme un pur produit commercial ».
« Il faut que ça s’arrête »
À l’origine, ce manifeste a émergé d’un groupe WhatsApp qui s’est formé spontanément la veille de la désignation téléguidée de la société 9e Art + pour s’auto-succéder à la tête du festival. Dans cet espace de débat informel, on discute, on s’informe, on se coordonne, chacune avec sa sensibilité et ses désaccords. Le groupe a fait des petits selon les différents projets d’action.
C’est au fil des discussions que la dessinatrice et féministe Mirion Malle a imaginé deux posts publiés sur son Instagram. Le premier résume l’origine de la crise du festival ; le second se focalise sur le scandale autour de Chloé. Ses posts enregistrent déjà des millions de vues. Pour cette autrice qui croit au collectif, « Instagram permet d’informer le public, de dépasser le milieu de la BD, et de montrer que les artistes ne sont pas déconnectés, mais des travailleurs précaires comme les autres ». Quant au post sur Chloé, l’autrice insiste : « le scandale a créé une étincelle », mais n’empêche pas les VSS de continuer à faire des dégâts. « Les limites ont été franchies de nombreuses fois. Il faut que ça s’arrête. »
Un autre groupe de « Soutien à Chloé » a émergé. On y réfléchit sur les procédures en cours : une audience aux prud’hommes est prévue cette semaine et le 27 novembre, Chloé sera auditionnée, à Angoulême, par le juge d’instruction suite à sa plainte au pénal. Une cagnotte a été lancée pour la soutenir. Certaines autrices proposent de vendre leurs dessins pour aider la jeune femme aujourd’hui sans emploi et sans ressources. Toutes appellent au « girlcott » du FIBD 2026. « Chloé on te croit ! » concluent-elles d’une seule voix.
- Campagne de dons : Soutien à Chloé*. ↩︎
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