Lorsqu’on évoque le climatoscepticisme, on pense tout naturellement à Donald Trump. Depuis son come-back à la Maison-Blanche en janvier 2025, en sus de ses décisions délétères sur le plan national, le président états-unien a jeté un froid sur les négociations climatiques onusiennes.
Depuis sa réélection, le constat est sans appel : les enjeux environnementaux sont relégués à l’arrière-plan des priorités dans l’agenda des grandes puissances. Le revers à l’œuvre au sein de l’Union européenne (UE) en est l’exemple le plus criant. Longtemps porteurs d’un leadership, les Vingt-Sept sont en passe de piétiner les objectifs qu’ils s’étaient eux-mêmes assignés.
Leur incapacité à fixer une trajectoire de baisse des émissions de CO2 commune et ambitieuse pour 2035, couplée au détricotage du pacte vert par l’hyperprésidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ont plongé le continent dans l’incertitude.
Conséquence de la poussée de la droite et de l’extrême droite, mais aussi de l’avènement d’une course folle à l’armement et à la compétitivité, sur fond de guerre en Ukraine et d’augmentation des dépenses militaires exigées par l’Otan et par Trump. « L’écologie est traitée en silo. Dès lors qu’elle est concurrencée par les questions de réarmement, elle passe à la trappe », expliquait Théodore Tallent, doctorant au Centre d’études européennes et de politique comparée à Sciences Po, en juin dernier dans l’Humanité.
L’Europe en mal d’ambition climatique
En Europe, la lutte contre le réchauffement planétaire est reléguée. Ce n’est pas un phénomène nouveau mais le retour de Trump à la Maison-Blanche a accéléré le phénomène. Au niveau international, ce recul se traduit par une relative léthargie.
À l’issue du sommet climat qui s’est tenu durant la 80e Assemblée générale des Nations unies en septembre dernier, à New York, une centaine de pays ont enfin rendu leur feuille de route climatique (NDC), c’est-à-dire leurs nouveaux objectifs de réduction des émissions d’ici à 2035, ou ont promis de le faire d’ici à la COP30 à Belém (Brésil) en novembre. Ils s’ajoutent à la cinquantaine d’États qui avait déjà transmis leurs NDC en amont.
Il était temps. Mais cette frilosité sous-tend que l’élan né de l’accord de Paris en 2015 est, si ce n’est à l’arrêt, fortement freiné. Résultat assez logique si l’on considère que le deuxième plus grand pollueur mondial, les États-Unis, s’assoit sur ses engagements climatiques passés, acte sa sortie de l’accord de Paris et rouvre les vannes des énergies fossiles.
Contrairement à ce qui s’est passé lors de son premier mandat, le locataire de la Maison-Blanche n’est plus seul, désormais, à s’inscrire à rebours de la lutte pour le climat. En Europe, Geert Wilders pour les Pays-Bas et Nigel Farage pour le Royaume-Uni, deux figures montantes de l’extrême droite, adoubent le sabotage des énergies renouvelables.
À la tête de la Hongrie depuis 2010, Viktor Orban copie la politique trumpienne en matière d’environnement et d’attaques contre les droits LGBT+ et le mouvement Antifa. Tout comme Robert Fico en Slovaquie, le leader nationaliste continue d’acheter du pétrole et du gaz naturel russes et refuse que l’UE élimine progressivement ses importations d’énergie fossile depuis Moscou.
L’intéressé devrait d’ailleurs faire capoter le futur Conseil européen des 23 et 24 octobre prochains. À cette occasion, les chefs d’État et de gouvernement des Vingt-Sept sont censés dépasser leurs désaccords et éclaircir leur trajectoire climatique commune dans les temps. Règle de l’unanimité oblige, l’espoir d’un objectif clair et ambitieux semble être un vœu pieux.
Milei, l’environnement à la tronçonneuse
En Argentine, Javier Milei a emboîté le pas à l’ex-président brésilien Jair Bolsonaro en poursuivant le massacre à la tronçonneuse de la nature. Le président libertarien a fait de son homologue états-unien son mentor, notamment sur la dérégulation économique et environnementale.
En témoigne la baisse fulgurante du budget alloué au ministère de l’Environnement. Et les climatosceptiques s’entretiennent mutuellement sur le plan politique, puisque face à une chute brutale du peso (monnaie argentine), le vassal a fait appel à son seigneur.
Ce à quoi le secrétaire au Trésor états-unien a répondu qu’il ferait tout « pour aider l’Argentine », soit un sauvetage à coups de liquidité en dollars. Bien qu’il ait estimé dans le Point que l’agenda environnemental était « une véritable fraude », Milei n’a pourtant toujours pas retiré son pays de l’accord de Paris, contrairement à ce qu’il a longtemps laissé penser.
Narendra Modi, le président indien, dispose, quant à lui, d’une force de frappe encore plus importante pour ralentir l’effort global de lutte contre le réchauffement planétaire. L’an dernier, l’Inde concentrait à elle seule 8 % des émissions mondiales. Ultradépendant du charbon, le pays voit ses émissions augmenter, bien qu’elles tendent à décélérer du fait notamment d’une croissance rapide des énergies renouvelables.
Telle est la stratégie du suprémaciste hindou, proche de Trump : l’ambiguïté. Après avoir boycotté la COP29 à Bakou (Azerbaïdjan), en 2024, l’intéressé n’a toujours pas délivré de nouvelles NDC pour 2035 et se targue de promettre la neutralité carbone pour 2070, alors que le Giec reconnaît lui-même que les politiques menées dans le pays sont insuffisantes pour y parvenir.
L’impact de tous ces leaders nationalistes est-il une fatalité ? Pas sûr. Lors de l’Assemblée générale de l’ONU, les énièmes billevesées déversées par le président états-unien contre le climat et les énergies renouvelables à la tribune ont fait pschitt. Paradoxalement, elles semblent même en avoir réveillé certains, las de subir ses grands discours climatosceptiques.
Actuel premier pays pollueur au plan mondial, la Chine pourrait à l’avenir, paradoxalement, relancer l’ambition climatique, forte d’un bilan enviable sur le développement du solaire et de l’éolien sur son territoire. Pékin a par ailleurs annoncé une réduction des émissions nettes de gaz à effet de serre de 7 % à 10 % d’ici à 2035. N’en déplaise à Trump, tous les regards sont désormais portés vers l’est.
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