L’idéal fasciste dont rêve Viktor Orbán ne cesse de se conforter. Dirigeant autoritaire érigé en modèle par l’extrême droite mondiale, le chef d’État continue d’étendre sa sombre influence sur la société hongroise. Le groupe Indamedia – détenu à 50 % par Miklós Vaszily, un homme d’affaires pro-gouvernemental et PDG de TV2, une chaîne de télévision privée – a annoncé le rachat du journal le plus consulté en Hongrie, Blikk.
La vente du quotidien, officialisée vendredi 31 octobre, est due à des raisons économiques, affirme son ancien propriétaire, le groupe Ringier basé en Suisse. « J’ai failli avoir une crise cardiaque en apprenant la nouvelle, a confié un journaliste au quotidien britannique The Guardian, sous couvert d’anonymat. Pour moi, c’est moralement inacceptable. » Blikk a su construire un lectorat fidèle grâce à un virage éditorial et numérique enclenché ces derniers mois.
Trois millions de lecteurs mensuels sur son site
S’il est historiquement connu pour ses articles sensationnalistes, le tabloïd a multiplié les articles centrés sur la corruption du gouvernement Orbán. L’objectif était de publier « des histoires intéressantes (sur) la politique, l’économie et la culture », résumait le dernier rédacteur en chef en date, Ivan Zsolt Nagy, sur son compte Facebook. Ce dernier a annoncé, lundi 3 novembre, quitter ses fonctions dans le cadre d’un « accord mutuel » avec le nouveau propriétaire.
Ivan Zsolt Nagy occupait ce poste depuis avril 2025. Il est remplacé par Balázs Kolossváry, rédacteur en chef adjoint pendant huit ans, puis rédacteur en chef de 2014 à début 2025. Il n’aura fallu que quelques heures avant que l’opération déminage du clan Orbán ne se mette en marche. « Au lieu de propagande de gauche, le journal pourrait redevenir un tabloïd à l’ancienne », s’est par exemple réjoui le quotidien conservateur – et proche du pouvoir hongrois – Magyar Nemzet.
C’est pourtant bien une prise de guerre de l’extrême droite qui est à l’œuvre. Avec près de trois millions de lecteurs mensuels sur son site, Blikk pourrait devenir un nouvel outil de propagande de masse pour le pouvoir hongrois. Le tabloïd revendique aussi plus d’un million de lecteurs pour son édition papier, sur l’année 2024. S’il est le quotidien payant le plus lu, Blikk a réduit son tirage – tombé sous la barre des 40 000 exemplaires, rappelle le site d’information 444.hu. La temporalité d’un tel rachat n’est pas non plus le fruit du hasard. Outre la situation économique du titre, ce rachat s’inscrit dans une opération plus large, dont la ligne de mire sont les élections législatives prévues en avril 2026.
La « fabrique de propagande »
Poussé dans ses retranchements par l’opposition, le clan Orbán avance ses pions dans une bataille médiatique et idéologique qui devrait s’accélérer dans les six prochains mois. Le chef du parti d’opposition Respect et Liberté (Tisza), Péter Magyar, a dénoncé la « fabrique de propagande » construite par le premier ministre d’extrême droite, emprisonnant la démocratie hongroise dans une bascule vers un régime autocratique.
Le parti politique mené par Viktor Orbán, Fidesz, pousse, depuis début 2025, pour qu’un « registre des organisations menaçant la souveraineté de la Hongrie avec l’aide de l’étranger » soit mis en place. Une proposition de loi a été déposée en ce sens, avant que son examen ne soit repoussé à l’automne, en juin dernier. Les cadres de la formation d’extrême droite l’assument : les médias critiques du pouvoir seront concernés par ce registre inspiré d’une structure similaire en Russie.
« Ce sera le gouvernement qui pourra décider de manière arbitraire qui atterrira sur cette liste et appliquer ensuite des mesures qui pourraient plonger n’importe qui dans la faillite en quelques mois », dénonçait le rédacteur en chef du magazine politique hebdomadaire HVG, Marton Gergely, interrogé par le Monde en juin. Si ce texte entre en vigueur, le gouvernement Orbán pourra officiellement couper les vivres des médias trop indépendants, dont les financements venant de l’étranger devront être autorisés par Budapest.
Longtemps principal journal d’opposition, Nepszabadsag avait quant à lui dû fermer ses portes en 2016, officiellement pour des raisons économiques. Six ans plus tôt, la mainmise du Fidesz sur le pouvoir avait permis aux proches de Viktor Orbán de prendre le contrôle du secteur. La loi sur les médias avait alors été révisée par un Parlement dominé par l’extrême droite et le Fidesz avait placé ses fidèles au sein du régulateur national Autorité des médias.
Le service public, MTVA, subit depuis des plans de licenciement, dont une vague de départs concernant plus de 1 600 journalistes et professionnels des médias en 2010. De quoi transformer la MTVA en un organisme de propagande. Un chemin que prennent de nombreux médias depuis, et dont Blikk n’est que la dernière victime en date.
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