« Accepter de perdre ses enfants » : le chef d’état-major des Armées plonge le Congrès des maires dans une rhétorique guerrière

Persuadé d’être investi d’une mission historique, Fabien Mandon continue de prêcher ses visions militaristes. Lors du Congrès des maires de France, mardi 18 novembre, le chef d’état-major des Armées a estimé que les citoyens français devaient « accepter de perdre (leurs) enfants ».

Invité à s’exprimer face à l’intégralité des édiles de l’Hexagone, Fabien Mandon en a donc profité pour dérouler son discours pro-guerre, lui qui ne cesse de tabler sur un « choc dans trois ou quatre ans » avec la Russie. « On a tout le savoir, toute la force économique et démographique pour dissuader le régime de Moscou, a-t-il estimé, au pupitre de la scène du Congrès. Ce qu’il nous manque, et c’est là où vous avez un rôle majeur, c’est la force d’âme pour accepter de nous faire mal pour protéger ce que l’on est. »

« 51 000 monuments aux morts dans nos communes ce n’est pas assez ? »

« Il faut en parler dans vos communes », a-t-il conclu. Le plus haut gradé français poursuit son travail de propagande, déjà bien entamé lors de la Commission de défense de l’Assemblée nationale, où il avait pris à partie les députés présents concernant les risques d’une guerre globale, entre la Chine et les États-Unis ou l’Europe et la Russie.

Il n’aura pas fallu bien longtemps pour que la majorité de la classe politique ne condamne ses propos. Le chef de file des insoumis, Jean-Luc Mélenchon, a exprimé son « désaccord total » avec ces propos, dans un texte publié mercredi 19 novembre. « Ce n’est pas à lui d’aller inviter les maires ni qui que ce soit à des préparations guerrières décidées par personne, a rappelé le multiple candidat à la présidentielle, sur son compte X. Prévoir des sacrifices qui seraient la conséquence de nos échecs diplomatiques sur lesquels son avis public n’a pas été demandé. »

Même tonalité du côté du secrétaire national du Parti communiste français (PCF), Fabien Roussel. Ce dernier a lancé : « C’est non ! 51 000 monuments aux morts dans nos communes ce n’est pas assez ? Oui à la défense nationale mais non aux discours va-t-en guerre insupportables ! »

L’ancienne candidate socialiste à la présidence, Ségolène Royal, a quant à elle condamné des « déclarations délirantes, qui vont renforcer l’anxiété des jeunes déjà au plus bas ». L’ancienne ministre en a profité pour demander des comptes au président de la République, Emmanuel Macron : « Soit il est au courant et a validé ce texte et dès lors il doit s’expliquer ; soit ce n’est pas le cas et le Chef d’État-major doit être démissionné. »

La formule chère au camp présidentiel des « deux extrêmes »

La macronie, elle, reste silencieuse… ou laisse ses élus afficher son soutien aux positions du général Fabien Mandon. Le député Ensemble pour la République (EPR), Pieyre-Alexandre Anglade, a ainsi estimé que « c’est son rôle de dire quelle est la réalité de la menace qui pèse aujourd’hui ». Il ajoute : « Nous ne vivons plus dans un temps banal, classique. Le tragique revient, on le voit en Ukraine. La France est aussi ciblée par les ingérences et la pression exercée par la Russie de Vladimir Poutine. »

Une position soutenue par Rachid Temal, porte-parole du groupe socialiste au Sénat, quitte à user de la formule chère au camp présidentiel des « deux extrêmes » : « Les sorties de LFI et du RN après l’intervention du général Fabien Mandon au Salon des Maires démontrent, au choix, qu’ils n’ont pas conscience de la situation internationale ou ne veulent pas une France et une Europe puissances, fortes et indépendantes. »

L’extrême droite a enfin sauté sur l’occasion pour s’afficher en pacifiste… et pour agiter le spectre de l’insécurité nationale. Le vice-président du Rassemblement national (RN), Sébastien Chenu, a estimé, sur LCI, que le chef d’état-major des Armées n’avait pas « la légitimité » pour tenir ces propos et a dénoncé « une faute » de sa part.

CNews a condamné, mercredi matin, « la petite musique de la guerre imminente (qui) fait son retour », via son éditorialiste Thomas Bonnet. Nicolas Dupont-Aignan a enfin profité de l’occasion pour affirmer « que ce qui menace nos enfants, c’est l’insécurité quotidienne ». Soit comment utiliser le procédé que l’on dénonce.

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