C’est une déclaration qui dit tout de la vision passéiste et colonialiste de Donald Trump. Fin avril, le président-milliardaire prévenait : si la guerre commerciale contre la Chine doit perturber les chaînes d’approvisionnement, le consommateur états-unien n’en ressentira les effets qu’à la marge. « Peut-être que les enfants auront deux poupées au lieu de trente et peut-être que les deux poupées coûteront quelques dollars de plus que d’habitude », balayait-il, vautré dans sa supériorité. Selon cette lecture, la Chine n’est rien d’autre que l’atelier du monde, produisant à bas coût des marchandises à faible valeur ajoutée.
Pour réconfortante qu’elle soit, l’assertion cache mal l’âpreté de la compétition engagée pour le leadership mondial et l’accumulation du capital. À Washington, la panique est réelle : le rival asiatique tend à rattraper, voire à dépasser la première puissance. L’hégémonie du dollar est elle aussi contestée. Si elle a conservé certaines industries manufacturières qui ont favorisé son essor il y a quarante ans, la Chine a opéré une montée en gamme fulgurante dans la chaîne de valeur.
Elle dispose désormais d’une capacité d’innovation plus importante que les États-Unis. Loin de se contenter d’assembler des téléphones, elle est devenue, en l’espace d’une décennie, l’une des principales fournisseuses de composants, même si les restrictions états-uniennes limitent encore sa capacité à produire des puces plus sophistiquées. On le voit, les États-Unis n’entendent pas concéder un centimètre de domination, forts de certains avantages concurrentiels et d’alliances balayant tous les spectres, du commerce au militaire.
Après un XIXe siècle d’humiliation, où la Chine fut dépecée par les puissances étrangères, dont le Royaume-Uni et la France, le géant asiatique entend regagner en centralité. La remise en cause de l’ordre mondial ne saurait ouvrir la voie à de nouvelles formes de domination. Mais elle doit être l’occasion de repenser un monde réellement multipolaire, débarrassé des tentations hégémoniques. Un monde apte à penser la coopération et le développement plutôt que l’affrontement, qu’il soit économique ou militaire.
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