Conférence de rentrée de Radio France : « Les salariés attendent un geste fort et vous, vous produisez un timbre »

Mieux vaut tard que jamais. Dix jours après le début des programmes de la rentrée Sibyle Veil, la taulière de la maison ronde, a profité de ce que nous croyions être une conférence de rentrée, pour lancer un appel pour la liberté de savoir, (menacé par le « populisme scientifique ») en présence d’une partie des signataires.

Autre « point fort », la présentation du timbre créé par La poste, pour les 50 ans de Radio France. Sur scène, l’unique élément de décor, un poste de radio géant, brandé DAB + laissait présager de l’avenir. Et c’est tout. Jusqu’ici, les conférences de presse de rentrée de Radio France étaient un moment de fierté pour exposer des programmes originaux et impertinents : tout ce que la maison ronde, et singulièrement son vaisseau amiral France Inter a perdu depuis cinq ans.

Les nouveautés se sont résumées à un PowerPoint pour présenter les nouvelles voix, qui ne sont pas si nombreuses du reste.

Une timide impertinence, mais pour combien de temps ?

Interrompant le ronronnant « Sibyle Veil show », Matthieu Noël, toujours aux commandes de Zoom zoom zen, a joué le fou du roi : « On sort d’un conflit social, les accords sont à peine signés ; les salariés attendent un geste fort et vous, vous produisez le patron de la Poste et le timbre à l’effigie des 50 ans de la maison ! »

Ouf, l’impertinence est toujours de mise. À la marge et pour combien de temps ? Dans ces cinq minutes de sketch, il a dégommé sa big boss, en appuyant sur sa méconnaissance des noms de ses salariés et a plaidé pour un imaginaire retour de « la team Guillaume Meurice », ce qui a causé des réactions bruyantes dans l’assistance. Et le départ de la salle de Charline Vanhoenacker.

Dati passe, Van Reeth s’exécute

En mai dernier, Rachida Dati, invitée de la matinale d’Inter avait asséné à Demorand et Salamé que cette radio « de CSP + privilégiés » n’était plus écoutée par les jeunes. Le message est passé : Adèle Van Reeth, la patronne de France inter, a donc annoncé la création de deux radios : Mon petit France inter, à partir de 6 ans, fera du neuf avec du vieux.

Les 4 000 programmes jeunesses déjà existants et des playlists musicales seront les mamelles de cette webradio, qui basculera dans six mois, une fréquence DAB + ; celle de Mouv, basculée depuis septembre en pure numérique. Les salariés y seront-ils recasés ? Les mouflets de 2 ans auront droit d’ici un an à Mon tout petit France Inter. À quand une Radio Fœtus, Adèle ?

Quand « la liberté d’informer » empiète sur le droit à l’information

Céline Pigalle, la directrice du réseau ICI, et de l’information du groupe, s’est réjoui du recrutement d’un dixième journaliste au sein du service investigation, au nom de la liberté d’informer.

C’est pour ça que l’hebdomadaire Secrets d’info est devenue mensuelle, sur le créneau de l’émission Interception, qui perd du coup un reportage par mois, ce qui s’appelle rogner les ailes du droit à l’information. Et que les journalistes de cette cellule d’investigation, dont le travail est internationalement reconnu, sont sommés de bosser au jour le jour avec la rédaction.

En revanche, accorder une demi-heure aux journalistes invités pour un question-réponse comme c’est l’usage dans les conférences de rentrée, ça semblait trop demandé. Brandir la liberté d’expression, et refuser les questions des journalistes, c’est un peu l’hôpital qui se fout de la charité. Mais ça, avec cette direction, on commence à avoir l’habitude.

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