« Ce deuxième Vendée Globe est celui de l’âge adulte » : Éric Bellion attendu sur la ligne d’arrivée aux Sables-d’Olonne le 12 février

La fin d’un long périple est toujours particulière, entre introspection, envie de profiter des derniers instants et volonté d’en finir. Après 93 jours en mer, Éric Bellion (Stand as One-Altavia) devait rejoindre Les Sables-d’Olonne au petit matin, ce mercredi 12 février, et boucler hors course son deuxième Vendée Globe.

Le skipper de 48 ans, qui a tenu un carnet de bord hebdomadaire dans l’Humanité durant toute l’épreuve, aura tout donné dans son tour du monde en solitaire sans escale ni assistance durant lequel il a finalement été obligé, la mort dans l’âme, de s’arrêter aux îles Malouines, le 12 janvier, pour réparer la rupture de sa fixation d’étai, signifiant de fait son abandon mais pas son renoncement.

L’accueil du public dans le chenal

Joint mardi 10 février par téléphone, Éric Bellion s’est confié, n’esquivant aucune question, alors qu’il se trouvait à 150 milles (280 kilomètres) des côtes vendéennes : « Je suis à la fois stressé par les bruits, la peur de la casse au dernier moment, les nombreux bateaux de pêche à éviter et heureux d’arriver. J’espère qu’il y aura des gens pour m’accueillir malgré mon abandon, qui a dû créer de la déception. »

Qu’il se rassure, la particularité du Vendée Globe, c’est que la direction de course réserve le même accueil à tous les marins, qu’ils aient posé le pied à terre ou non, et la remontée du chenal, un mercredi, devrait lui montrer combien le public local, connaisseur, honore les navigateurs qui ont défié seuls les éléments, parfois au péril de leur vie.

Après la réparation de l’étai, qui tient la voile d’avant – une avarie susceptible d’entraîner la chute du mât –, le navigateur a tenu à repartir pour boucler la boucle. Une remontée de l’Atlantique hors course mais qui a permis de montrer le potentiel du bateau et de son skippeur, bien recollé au groupe de navigateurs arrivés ce week-end avec lequel il était au moment où il s’est arrêté quatre jours à Port Stanley. « Ça n’a pas été facile de reprendre la mer, de digérer cette déception, mais finalement l’océan guérit, souligne-t-il. J’ai récupéré 500 milles (925 kilomètres) sur ceux de devant, soit la moitié de l’écart. »

« Ce deuxième Vendée Globe est celui de l’âge adulte »

Celui qui a terminé 9e du Vendée Globe 2016-2017, en 99 jours, porte forcément un regard différent sur cette nouvelle circumnavigation. « Il y a huit ans, c’était un voyage initiatique avec un scénario parfait, se rappelle-t-il. Ce deuxième Vendée Globe est celui de l’âge adulte, plus inscrit dans la réalité et la maîtrise même si le résultat est moins bon… J’ai mieux réalisé la prise de risque colossale de cette course et comment le moindre petit grain de sable peut enrayer la machine pour virer à la catastrophe. »

Tout avait bien commencé. « Dans la descente de l’Atlantique, je suis le premier bateau à dérives droites (16 voiliers sur les 40 au départ, les autres ont des foils – NDLR) à l’équateur. En entrant dans le Sud, j’ai commencé à avoir des problèmes de safran, j’ai perdu des places. L’océan Indien a été très dur, c’était dépression sur dépression. Dans le Pacifique, j’ai grappillé des places au classement et puis le problème d’étai m’a ralenti avant le Cap Horn, j’ai réussi à réparer. J’ai passé les trois caps en course avant la grosse avarie qui m’a forcé à m’arrêter. Ce sont des problèmes de jeunesse du bateau qui est neuf, un manque de temps de navigation avant le départ et donc de fiabilisation. »

Des épreuves et de beaux souvenirs

Outre l’iceberg croisé dans la deuxième partie du Pacifique, qui lui a occasionné une belle frayeur, la manœuvre « rock’n’roll » pour amarrer le bateau à Port Stanley, par 30 nœuds de vent et des rafales à 50, l’a marqué. « Mais il y a eu aussi tellement de belles lumières, le passage de l’île des États dans le détroit de Le Maire après le Cap Horn, une glissade à 26 nœuds dans l’Atlantique, ma discussion avec la baleine qui m’a salué dans le Pacifique aussi… c’était magiqueJ’ai le sentiment d’être un privilégié. »

Si rejoindre Les Sables est un soulagement, « boucler cette aventure de quatre ans est un accomplissement. Avec Jean (Le Cam), on a conçu, construit et développé deux bateaux en mutualisant tout. Bien sûr, ils ont eu un déficit de vitesse face aux foilers, mais notre concept de sobriété avec des bateaux moins chers, moins polluants, j’ai toujours envie de le défendre. »

Pendant trois mois, l’absence de sa compagne et de sa fille Léna, bientôt 3 ans, s’est terriblement fait sentir. « L’éloignement a été terriblement compliqué, dès la descente de l’Atlantique, reconnaît-il. J’avais dit à Marie que je serais de retour avant son anniversaire le 11 février, j’ai un jour de retard… » Et maintenant que va-t-il faire ? « J’ai envie d’y retourner, pas tout de suite bien sûr, mais j’aimerais refaire un tour du monde sur ce bateau optimisé à 100 %, affûté comme un sabre. Être au départ dans quatre ans. Jamais deux sans trois… »

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