« Discretion is the better part of valor. » Cette citation de Shakespeare est une des premières choses qu’on m’ait dites, ici aux Falkland (îles Malouines) pour me réconforter. Elle signifie qu’il vaut mieux s’arrêter si une action risque de nous nuire.
Prendre la décision de mettre pied à terre a été extrêmement difficile, mais c’était la meilleure pour sauver mon bateau : le check-up complet a révélé que le mât n’aurait pas tenu. Arthur et Jérémie sont arrivés de France, lundi, avec la fameuse pièce qui me permet, ce jeudi matin, de reprendre la mer.
Bien que situé à 12 000 kilomètres du Royaume-Uni, Port Stanley demeure profondément imprégné de la culture britannique : ses maisons anglaises, son église en pierre, sa baie hostile et ventée, sa côte dépouillée sans relief ni arbre, son port colossal aux infrastructures rouillées, son Lady Elizabeth (épave), mais aussi et surtout ses fabuleux habitants…
L’état d’esprit des gens de la mer est pur, beau et franc. Il n’y a pas d’ambiguïté, tout n’est que bienveillance et dévouement. Je suis reconnaissant de ces rencontres comme celle de Marilou Delignieres, jeune femme pilote d’avion, bluffante de calme et de sang-froid. Elle a grandi sur un voilier, le Sourire. On a réalisé que nos routes s’étaient déjà croisées, il y a vingt ans, alors que nous naviguions dans les canaux chiliens. À l’époque, elle avait 10 ans. Le monde est si petit.
Au premier réveil à terre, je me suis demandé ce que je faisais là. Oui, j’ai bu une première bière, mangé des fruits frais, pris un bain et je suis allé aux toilettes en toute sécurité, sans m’agripper, mais j’étais incapable de jouir de ces bonheurs de terrien. Je n’étais pas à ma place sur cette île. On est un peu devenus des stars malgré nous ici.
Le journal local Pengouin News a relayé notre histoire, la police nous a pris en stop, des touristes sont venus prendre la colonie de manchots en photo et nous saluer ! J’avais hâte de repartir, de me reconnecter à mon bateau et terminer ce tour du monde, même hors course, pour être fier de moi et montrer à ma fille de ne jamais abandonner. Je reprends la mer en solitaire dans le respect des engagements que j’ai pris auprès de tous ceux qui se sont investis dans ce projet.
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