Près de deux ans plus tard, la mort de Nahel Merzouk continue de hanter les esprits. Malgré les révoltes de plusieurs quartiers populaires, l’indignation nationale, l’énième mise en lumière du racisme structurel de la police, l’agent accusé d’avoir tué l’adolescent, Florian M., n’a cessé d’être soutenu par l’institution comme par le ministère de l’Intérieur. Dernier exemple en date : les révélations du journal Libération, qui dévoile que l’ex-membre de la compagnie de sécurisation et d’intervention de Seine-Saint-Denis (CSI 93) et de la BRAV-M a été muté au Pays basque. Pour rappel, le brigadier a passé cinq mois en détention provisoire avant d’être libéré sous contrôle judiciaire le 15 novembre 2023.
Malgré son renvoi devant la cour d’assises afin qu’il y soit jugé pour homicide volontaire, l’agent de police âgé de 40 ans a fait l’objet d’un arrêté de réintégration « dans l’intérêt du service » de la préfecture de police de Paris, à laquelle Florian M. était rattaché. Il reste néanmoins toujours interdit de porter une arme à feu. « Il a l’obligation de rester sur le territoire métropolitain, et interdiction d’entrer en contact avec les parties civiles ou son collègue Julien L., qui était en binôme avec lui le jour de la mort de Nahel Merzouk », ajoute Libération.
Une suspension « à plein traitement »
De Gérald Darmanin à Bruno Retailleau, le pouvoir politique n’a ainsi cessé de soutenir le policier accusé du meurtre de Nahel Merzouk. Il a par exemple pu conserver son salaire lors de son passage en prison. Le tout sur décision personnelle de l’actuel ministre de la Justice, lors de son passage Place Beauvau, qui a décidé d’une suspension « à plein traitement » de Florian M., qui a pu conserver son statut de fonctionnaire. Seules les primes ont été annulées. Cette mesure a pris fin suite à sa réintégration au sein de la police.
Le brigadier a aussi pu compter sur l’octroi de la protection fonctionnelle. « Cette mesure propre à la fonction publique revient notamment à ce que l’administration paye les frais de justice du personnel mis en cause, quand elle estime que l’acte reproché ne peut pas être détaché de ses fonctions », résume Libération. Hormis ses frais d’avocat, Florian M. a vu son cautionnement être réglé par son employeur, suite à sa sortie de détention provisoire.
Soit un paiement de 15 000 euros, comme l’indique un document à en-tête du ministère de la justice, où il apparaît que cette somme a été prise en charge par la préfecture de police de Paris. De quoi appuyer son sentiment de sacrifice, comme l’illustre la trentaine de pages que Florian M. a rédigé au cours de son incarcération et dont le contenu a aussi été révélé par Libération. « Je suis en détention pour avoir voulu faire mon travail », estimait-il alors.
Un travail qui a consisté à tirer dans le thorax d’un adolescent pour un refus d’obtempérer. « Quand vous tirez à bout portant sur quelqu’un, vous ne pouvez pas dire que vous n’avez pas d’intention homicide, vous savez que vous allez le tuer », résumait Frank Berton, avocat de la mère de Nahel, suite à la décision des deux juges d’instruction chargés du dossier, début juin.
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