Les forêts vierges tropicales brûlent à un rythme qui ne cesse de s’accélérer. Leur destruction a atteint, sur l’année 2024, un niveau record depuis plus de vingt ans, alerte mercredi 21 mai l’observatoire Global Forest Watch, élaboré par le groupe de réflexion états-unien World Resources Institute (WRI) avec l’université du Maryland. Les raisons, elles, ne sont guère surprenantes : des incendies alimentés par le dérèglement climatique et une situation qui se dégrade de nouveau au Brésil. « C’est une alerte rouge mondiale », alerte Elizabeth Goldman.
Les régions tropicales ont ainsi perdu l’an dernier 6,7 millions d’hectares de forêt primaire, une superficie quasi équivalente à celle du Panama, au plus haut depuis le début de la collecte des données en 2002. Le chiffre, en hausse de 80 % par rapport à 2023, « équivaut à la perte de dix-huit terrains de football par minute », a souligné Elizabeth Goldman, codirectrice de l’observatoire. Ces destructions ont représenté l’équivalent de 3,1 milliards de tonnes de CO2 émises dans l’atmosphère, soit un peu plus que les émissions liées à l’énergie de l’Inde.
Des « conditions extrêmes »
Le rapport se concentre sur les forêts tropicales, les plus menacées, et très importantes pour la biodiversité et leur capacité à absorber le carbone de l’air. Il englobe les pertes pour toutes raisons : déforestation volontaire mais aussi destruction accidentelle et incendies. Ces derniers ont été favorisés par des « conditions extrêmes » qui les ont rendus « plus intenses et difficiles à contrôler », notent les auteurs.
Les incendies sont pour la première fois devant l’agriculture – historiquement première cause de destruction, car demandant de défricher les terres et, donc, de déforester des espaces. Les feux sont dorénavant responsables de près de la moitié des pertes. L’année 2024 a été la plus chaude jamais enregistrée dans le monde sous l’effet du changement climatique, causé par la combustion massive des énergies fossiles et du phénomène naturel El Niño.
L’Amazonie brésilienne a été la plus concernée, avec une destruction au plus haut niveau depuis 2016. Les chiffres du WRI contrastent ainsi avec ceux du réseau de surveillance brésilien, MapBiomas, publiés le 16 mai. Ces derniers font état d’un net recul de la déforestation (mais n’incluent pas les incendies). Le Brésil a enregistré 2,8 millions d’hectares de destruction de forêt primaire l’an dernier, dont deux tiers attribués à des incendies, souvent allumés pour faire de la place au soja ou aux bovins.
Le pays avait pourtant enregistré de bons résultats en 2023, les forêts bénéficiant de mesures de protection décidées par le président Lula, pour la première année de son nouveau mandat. « Ce progrès est toutefois menacé par l’expansion de l’agriculture », pointe Sarah Carter, chercheuse au WRI. La protection des forêts figure pourtant en bonne place des priorités de la présidence brésilienne de la COP30, la grande conférence climatique annuelle de l’ONU, prévue à Belem (10 au 21 novembre).
Un pays voisin, la Bolivie, occupe la deuxième marche du podium, avec un triplement des surfaces détruites l’an dernier, là encore sous l’effet d’incendies géants. La plupart « sont allumés pour défricher des terres au profit de fermes de taille industrielle », notent les auteurs.
Le bilan est mitigé ailleurs, avec une amélioration en Indonésie ou en Malaisie mais une nette dégradation au Congo ou en République démocratique du Congo. La pression sur les forêts provient historiquement de l’exploitation de quatre produits, surnommés les « big four » : huile de palme, soja, bœuf et bois. Mais l’amélioration dans certains secteurs – comme l’huile de palme – a coïncidé avec l’émergence de nouveaux problèmes, avec par exemple les avocats au Mexique, ou le café et le cacao.
Ainsi, les causes de la déforestation ne resteront pas forcément « toujours les mêmes », insiste Rod Taylor, directeur du programme forêts du WRI, plaidant pour une approche globale. « On assiste aussi à un nouveau phénomène en lien avec l’industrie minière et les métaux critiques », met-il en garde. La sauvegarde des forêts vierges tropicales reste donc, en l’état actuel, une utopie loin d’être sur la bonne voie.
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