« L’ouragan Melissa nous a tués » : un premier bilan de 50 morts dans les Caraïbes et le lancement vital de la mobilisation internationale

L’heure est aux premières évaluations de la catastrophe ayant foudroyé les Caraïbes. Rendu plus destructeur par le réchauffement climatique, l’ouragan Melissa a été le plus puissant à toucher terre en 90 ans, lorsqu’il a frappé la Jamaïque, mardi 28 octobre. L’ouragan atteignait alors la catégorie 5, la plus élevée sur l’échelle Saffir-Simpson, avec des vents d’environ 300 km/h.

« Le bilan confirmé est désormais de 19 morts », dont neuf à l’extrémité ouest de l’île, a déclaré, dans la soirée de jeudi, la ministre jamaïcaine de l’Information, Dana Morris Dixon. Haïti, si elle a pu échapper au passage de Melissa, a été victime de fortes pluies causées par l’ampleur de la catastrophe naturelle. Au moins 30 victimes, dont dix enfants, sont mortes, et 20 supplémentaires sont toujours portées disparues, selon le dernier bilan des autorités, communiqué jeudi.

« Maintenant, notre situation est bien pire »

Vingt-trois de ces décès sont dus à la crue d’une rivière dans le sud-ouest du pays. Le bilan humain à Cuba, dont les communications téléphoniques et routières sont erratiques, reste à déterminer. La population a néanmoins repris les outils afin de contenir les dégâts. Dans la commune d’El Cobre, dans le sud-ouest de l’île, plusieurs habitants sont déjà sur leur toit, s’efforçant de les réparer avec l’aide d’amis et de voisins, a constaté l’Agence France-Presse (AFP).

Habitations en ruines, quartiers inondés et communications coupées… Les prochains mois seront rythmés par les reconstructions. L’armée jamaïcaine s’emploie à dégager les routes bloquées, a annoncé le gouvernement. « Melissa nous a tués, en nous laissant dévastés, a alerté Felicia Correa, qui vit dans le sud de Cuba, près d’El Cobre. Nous traversions déjà d’énormes difficultés. Maintenant, notre situation est bien pire. » Quelque 735 000 personnes avaient été évacuées, selon les autorités cubaines.

« Il y a eu une destruction immense, sans précédent, des infrastructures, des propriétés, des routes, des réseaux de communication et d’énergie », a estimé Dennis Zulu, coordinateur pour les Nations unies (ONU) dans plusieurs pays des Caraïbes, depuis Kingston (Jamaïque). En attendant, la communauté internationale commence à se mobiliser. L’aide humanitaire afflue, depuis ce vendredi 31 octobre, vers les Caraïbes.

Les États-Unis ont mobilisé des équipes de secours en République dominicaine, en Jamaïque et aux Bahamas, selon un responsable du département d’État. Des équipes étaient également en route vers Haïti. Le secrétaire d’État Marco Rubio a également indiqué que Cuba – victime d’un blocus depuis 1962 – est incluse dans le dispositif états-unien. Le Venezuela a envoyé 26 000 tonnes d’aide humanitaire à son allié cubain. Le président du Salvador, Nayib Bukele, a annoncé, sur X, prévoir d’envoyer « trois avions d’aide humanitaire en Jamaïque » avec « plus de 300 secouristes » et « 50 tonnes » de produits vitaux.

Une conséquence du dérèglement climatique

Côté européen, la France prévoit de livrer « dans les prochains jours », par voie maritime, une cargaison d’aide humanitaire d’urgence en Jamaïque, de kits de première nécessité à des unités de traitement de l’eau. Le Royaume-Uni prévoit de débloquer une aide financière d’urgence de 2,5 millions de livres (soit 2,8 millions d’euros) pour les pays touchés.

La mobilisation internationale, au-delà d’un simple exercice de charité diplomatique, s’avère être une donnée fondamentale. De fait, la puissance de l’ouragan Melissa est due au dérèglement climatique. Ce sont les destructions de l’environnement perpétuées par la communauté internationale qui ont eu raison des Caraïbes. Le changement climatique – causé par les activités humaines – a rendu l’ouragan « plus destructeur », confirme ainsi une étude des climatologues de l’Imperial College de Londres, publiée mardi 28 octobre.

« Chaque désastre climatique est un rappel tragique de l’urgence de limiter chaque fraction de degré de réchauffement, principalement causé par la combustion de quantités excessives de charbon, de pétrole et de gaz », a confirmé Simon Stiell, secrétaire exécutif de l’ONU, chargé du changement climatique. Alors que la grande conférence climatique des Nations unies, la COP30, s’ouvre lundi 10 novembre au Brésil, la prévention des catastrophes naturelles, et notamment des cyclones, ouragans et typhons – dont la fréquence des plus intenses augmente, mais pas leur nombre total, selon le Giec – s’avère plus que jamais déterminante.

Les différentes populations des Caraïbes, elles, espèrent pour le moment pouvoir se remettre des dégâts subis. Selon le Centre national états-unien des ouragans (NHC), les inondations devraient s’atténuer aux Bahamas, mais les crues pourraient demeurer à un niveau élevé à Cuba, en Jamaïque, en Haïti et en République dominicaine voisine.

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