Laurence des Cars est sortie de son silence. Trois jours après le rocambolesque cambriolage des joyaux royaux et impériaux, la présidente du musée du Louvre a été auditionnée par la commission sénatoriale de la Culture, de l’éducation, de la communication et du sport ce mercredi 22 octobre.
Alors que le musée a réouvert ses portes aux visiteurs ce mercredi matin, Laurence des Cars n’a pas esquivé les questions, contrairement à sa ministre de tutelle. Rachida Dati s’est, quelques heures plus tôt, dédouanée devant les sénateurs, rejetant la faute sur « l’irresponsabilité des élus de Paris qui refusent de sécuriser les rues de Paris. Et ça, nous le mettrons en œuvre », en cas de victoire aux prochaines élections municipales.
« Grâce au professionnalisme des agents, aucune personne n’a été blessée »
Laurence des Cars ne s’est pas laissé aller à ce genre de facilité. « À travers nous, c’est bien le Louvre et ses agents que l’on dénigre. Je veux donc rétablir quelques vérités », affirme d’entrée la dirigeante du plus grand musée du monde. Se disant « profondément bouleversée par cette disparition brutale (des joyaux) », elle confirme avoir présenté sa démission le jour du vol, refusée par ses autorités de tutelle.
La dirigeante de l’établissement public à caractère administratif souligne ensuite la qualité du comportement des agents lors du cambriolage : « Nos agents ne sont pas armés, je le rappelle. Quatre étaient présents. Ils ont suivi le protocole de sécurité. Grâce à leur professionnalisme, aucune personne n’a été blessée. »
À la CGT culture qui, par la voix de Christian Galani, a rappelé que le Louvre « manquait d’agents de surveillance, avec 200 emplois supprimés en 15 ans alors que la fréquentation a été multipliée par 1,5 », Laurence des Cars a répondu en renvoyant la patate chaude à ses prédécesseurs : « Depuis 2022, les effectifs de sûreté et surveillance, qui avaient diminué dix ans auparavant, ont été augmentés de 5.5 %. »
Faire face au grand banditisme
« Le dispositif de sécurité de la Galerie d’Apollon a bien fonctionné », poursuit-elle. Mais ce dispositif n’est plus adapté à ces nouveaux types d’attaque. « Aujourd’hui, ce que je constate et ce que l’actualité confirme, c’est qu’il y a un intérêt pour les objets précieux, avec des attaques qui rejoignent complètement celles du grand banditisme avec des casses dans des grandes bijouteries. La faiblesse du Louvre, c’est dans sa protection périmétrique », pointe Laurence des Cars qui réaffirme que son projet « Nouvelle Renaissance du Louvre » si décrié répondra à deux enjeux : « un sous-investissement chronique » et un accueil du public dépassé, quarante ans après le projet du Grand Louvre des années Mitterrandiennes.
Pour Laurence des Cars, aucun retard n’a été pris dans la mise en place du nouveau schéma directeur de sûreté et sécurité de l’établissement de plus de 80 millions d’euros, contrairement à ce que relève un pré-rapport de la Cour des comptes. Cette étude souligne le « retard persistant » pris par le musée dans le déploiement d’équipements destinés à assurer la protection de ses œuvres. « 60 % des salles de l’aile Sully et 75 % pour l’aile Richelieu ne sont pas protégées » par vidéosurveillance, précise l’institution.
Son président, Pierre Moscovici, a enfoncé le clou sur RTL ce mercredi matin. « Le rapport n’apprend pas des choses qui sont inconnues de l’administration », a-t-il souligné : « On n’est peut-être pas totalement conscient de ce qui se passait, de l’ampleur du problème, mais oui, on savait ce qui se passait », a-t-il insisté.
Caméras, grilles et dispositifs antibélier
Condamnant les « fuites organisées de ce pré-rapport qui font courir un risque majeur pour la sûreté du Louvre », la présidente du Louvre martèle : « Il n’y a pas de retard dans la mise en place du schéma directeur. À mon arrivée en septembre 2021, il y avait déjà des réflexions. Ces réflexions sont complexes : elles nécessitent l’analyse d’experts. Nous avons une infrastructure vieillissante, qui ne permet pas de greffer des éléments modernes de vidéo et télédétection. »
Pour expliquer le temps (trop long ?) de mise en place des mesures de modernisation, la conservatrice de musée et historienne de formation précise que « le plan a été mis en place après mon arrivée. Les études ont été menées de 2022 à 24. Les marchés ont été lancés fin 2024 et les travaux débuteront premier semestre 2026 ».
En attendant, « des mesures rapides ont été mises en place », souligne-t-elle. 135 caméras numériques ont été changées ou ajoutées dans les espaces muséographiques entre 2022 et 2025, 69 nouvelles caméras sont attendues d’ici 2027. Des poses de nouvelles grilles autour du domaine sont en cours de déploiement pour sécuriser le périmètre du Louvre, avec la mise en place de dispositifs antibéliers.
« Des mesures à court terme peuvent être prises en lien avec la préfecture de police de Paris, le ministère de la culture et la mairie de Paris », espère Laurence des Cars : sécurisation des abords immédiats du Louvre, avec mise à distance des véhicules sur la chaussée ; demande d’un commissariat au sein de l’établissement. « On est loin du compte, reconnaît-elle, mais on a mis en place ce qu’on a pu ».
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