REPORTAGE. "Le Donbass est à nous et ça doit le rester !" : les Ukrainiens farouchement opposés à l'idée d'abandonner leurs territoires à la Russie

Steve Witkoff est en visite en Russie, mardi 2 décembre. L'émissaire de Donald Trump présentera au président russe une version amendée par les Ukrainiens du plan de paix proposé par Washington. Au centre des discussions entre les deux hommes : les concessions territoriales. Vladimir Poutine conditionne tout accord de paix à l'abandon par Kiev du Donbass. Mais cette "question territoriale est la plus difficile", a reconnu lundi le président ukrainien en visite à Paris.

Effectivement, Volodymyr Zelensky n'est pas en position de signer un accord qui reconnaîtrait la souveraineté de la Russie sur cette région de l'est du pays. L'opinion publique ukrainienne et surtout les soldats ukrainiens y sont farouchement opposés. Comme franceinfo a pu le constater devant un hôpital militaire à Kiev.

"Jamais je n'obéirais à un tel ordre"

Pour ces soldats blessés au front, l'accord de paix américain apparaît comme une capitulation de l'Ukraine. Serguii, commandant d'unité, termine sa convalescence dans cet hôpital militaire et pour lui, se retirer du Donbass, même si ses supérieurs le lui demandent, c'est hors de question. "Jamais je n'obéirais à un tel ordre. Jusqu'ici, on a tenu sur le front, et on va continuer à tenir ! Avec mes gars, notre position est claire : le Donbass est à nous et ça doit le rester !", lance-t-il.

"Si Zelensky signe cet accord, ça déclenchera une révolution en Ukraine. Et Zelensky n'aura plus qu'à se réfugier chez Poutine."

Serguii

à franceinfo

"Il y a tant de frères d'armes qui ont donné leur vie pour défendre cette région. Ce serait trahir leur mémoire et ça provoquerait la révolte des militaires", juge Serguii.

Olexander est sur la même ligne que Serguii. À 29 ans, ce père de famille a été blessé par un éclat d'obus sur le front mais il n'attend qu'une chose : être de nouveau sur pied pour retourner combattre. Alors ne venez pas lui parler d'un éventuel retrait des troupes ukrainiennes du Donbass. "Je ne reculerai pas et je pense que l'Armée non plus. On est tous plus ou moins d'accord là-dessus. Cela fait quatre ans qu'on est en guerre. On est tous crevés. On veut tous rentrer à la maison. Mais c'est notre terre. On doit tenir nos positions jusqu'au bout", assène-t-il.

"On n'a pas le choix"

Devant cet hôpital militaire, une voix discordante tout de même, minoritaire dans l'Armée, mais qu'il est intéressant d'entendre, celle de Yevhen. Pour lui, une partie du Donbass est occupée depuis trop longtemps, les habitants là-bas sont majoritairement prorusses, dit-il, et l'Ukraine doit faire des concessions. "Je pense qu'on n'a pas le choix. On ne peut pas continuer à sacrifier nos vies pour ces territoires et pour ces gens qui sont restés là-bas de leur plein gré. Toutes les guerres finissent par un accord", estime-t-il.

Mais cet accord ne doit pas être signé à n'importe quel prix, ajoute Yevhen. Il réclame des garanties de sécurité solides de la part des Occidentaux.