L'Ukraine sous pression américaine pour conclure un plan de paix avec la Russie

Les Ukrainiens, partis négocier un plan de paix avec la Russie dimanche 30 novembre en Floride, n'avaient pas que des alliés en face d'eux. Quatre Américains étaient autour de la table, quatre nuances de diplomatie à la sauce Trump.

L'hôte de ces discussions, Steve Witkoff, est l’émissaire de Donald Trump pour le Moyen-Orient et d'abord un homme d'affaires, promoteur immobilier. Mais c'est aussi l'homme de confiance du Kremlin, celui qui a multiplié les allers-retours à Moscou ces derniers mois et qui a même été pris en flagrant délit de connivence avec la Russie dans la rédaction de ce plan de paix, ce qui serait passé, à une autre époque, pour de la haute trahison. Cela ne l'empêche pas aujourd'hui d'héberger ces discussions dans l'un de ses complexes hôteliers, et c'est lui qui s'envolera lundi pour Moscou afin de recueillir en personne la réponse du président russe.

À ses côtés pour négocier, trois profils bien différents : le canal historique de la diplomatie US incarné par le secrétaire d'État Marco Rubio, sans doute aujourd'hui le soutien le plus fiable de Kiev et des Européens dans ces négociations. Le chef de la diplomatie américaine s'inscrit dans une tradition d'alliance atlantique que son président remet en cause régulièrement. Sa longue expérience des Affaires étrangères lui offre des appuis, notamment au Congrès. C'est aujourd'hui le représentant des élus américains hostiles à la Russie mais son poids réel dans les décisions reste incertain.

Le mélange des genres, marque de fabrique de Trump

D’autant plus que Marco Rubio doit composer avec deux autres figures apparues dans ce dossier. D'abord, Jared Kuchner, le gendre de Donald Trump, avec qui il est rarement question d'histoire ou d'idéologie mais essentiellement d'argent. Quand Kuchner est dans la pièce, c'est qu'on va parler business. C'est aussi, en général, que l'issue des discussions approche, tant le président le considère comme un héritier de son art de conclure des deals. Enfin, dernier invité dans cette imposante délégation, Dan Driscoll, secrétaire à l'armée. Un militaire donc, mais surtout un très proche du vice-président J.D. Vance, pas franchement connu pour être un soutien des Ukrainiens, mais obsédé à l'idée de se débarrasser de ce dossier pour revenir à l'essentiel pour lui, l'America First.

De ce drôle d'attelage, on retiendra le mélange des genres, marque de fabrique du président Trump, la présence de ses proches qui rend toute critique trop sévère impossible pour Kiev au risque de le braquer. On notera enfin que les États-Unis semblent assumer d'avoir abandonné le costume de l'allié de l'Ukraine pour endosser un rôle de médiateur, pressé d'en finir avec un dossier compliqué.