Visite historique : le président syrien Ahmed Al-Charaa reçu à Washington pour achever sa normalisation

C’est l’ultime étape de sa légitimation : le président par intérim syrien, Ahmed Al-Charaa, est attendu ce lundi à Washington pour une rencontre officielle avec Donald Trump. Une visite historique dans le sens premier du terme : jamais un chef d’État syrien n’avait été reçu à la Maison-Blanche depuis que le pays a accédé à l’indépendance, en 1946.

Pour Ahmed Al-Charaa, cette réception consacre les efforts entrepris depuis sa conquête du pouvoir, en décembre 2024, aux dépens de Bachar Al-Assad, pour refaire de la Syrie un acteur incontournable au Moyen-Orient. Et ce avec le soutien appuyé des États-Unis, mais aussi de nombreux autres pays occidentaux.

Le président syrien a ainsi profité de son déplacement à Belém au Brésil pour la COP30, pour rencontrer le 7 novembre le président français, Emmanuel Macron, et le premier ministre britannique, Keir Starmer.

La levée des sanctions par l’ONU

Vendredi 7 novembre, les Nations unies avaient déjà procédé à la levée des sanctions imposées au président syrien et à son ministre des Affaires étrangères, Anas Khattab, également présent à Washington.

La résolution votée par tous les membres du Conseil de sécurité, à l’exception de la Chine qui s’est abstenue, avait d’ailleurs été présentée par les États-Unis. Damas a salué une décision qui « reflète l’unité de la position internationale en faveur du soutien à la stabilité en Syrie ».

Ce réchauffement aux airs de sérénade géopolitique, alors même qu’il y a un an, le président syrien dirigeait encore la branche syrienne d’al-Qaida sous le nom de Mohammed Al-Joulani, repose évidemment sur une convergence forte des intérêts entre les deux dirigeants.

Pour l’ancien djihadiste, il s’agit de replacer son pays au centre du jeu. Dans une interview donnée le 7 novembre à la chaîne égyptienne El Sharq, Ahmed Al-Charaa a déclaré qu’« une nouvelle histoire a commencé pour la région avec la naissance de la nouvelle Syrie ».

Entre Trump et Al-Charaa, des intérêts communs chiffrés à 187 milliards de dollars

Quant aux relations avec les États-Unis, il indique qu’« il existe de nombreuses relations stratégiques entre la Syrie et les États-Unis, la Syrie étant située dans une position géopolitique sensible (…). Il est dans l’intérêt de nombreux pays d’établir des relations stratégiques avec la Syrie ».

Ceux de Washington ne lui ont pas échappé, de même qu’à Donald Trump, qui cherche à sécuriser le Moyen-Orient pour ses projets de gazoduc entre Orient et Occident, et qui veut placer les États-Unis au cœur des projets de reconstruction de la Syrie, un marché évalué à 187 milliards d’euros, selon la Banque mondiale.

L’administration américaine a aussi besoin d’Ahmed Al-Charaa dans la lutte contre l’« État islamique », le président syrien n’ayant de cesse de donner des gages pour faire oublier son propre passé de chef du groupe HTC (Organisation de libération du Levant).

Enfin, un des enjeux centraux de cette visite sera celui de la normalisation des relations entre la Syrie et Israël, sur le modèle des « accords d’Abraham », que Donald Trump promeut auprès de nombreux pays arabo-musulmans.

Mais pour l’heure, les deux pays sont toujours en état de guerre et Ahmed Al-Charaa a appelé le 24 septembre dernier, depuis la tribune de l’ONU, à ce qu’Israël cesse ses attaques : « Les politiques israéliennes contredisent la position internationale de soutien à la Syrie », avait-il déclaré.

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