Ce devait être, au dire du maire de Cannes David Lisnard en 2018, l’un des sites phares de la « Silicon Valley de l’audiovisuel sur la Côte d’Azur, avec Cannes pour épicentre ». Un grand studio audiovisuel, avec plateaux de tournage et bureaux de postproduction, flanqués d’hôtels, de logements et de commerces, devait sortir de terre à l’horizon 2025 sur une vaste friche industrielle de 5,7 hectares dans le quartier de la Bocca, à Cannes.
Le tout grâce à 100 millions d’euros investis par Novelty-Magnum-Dushow, géant européen de la prestation technique dans l’audiovisuel et l’événementiel.
Les paillettes ne réussissent plus à David Lisnard
« Ça n’avance pas », a reconnu, au détour d’un entretien publié dans Nice-Matin, le 20 octobre, le très droitier maire affilié aux Républicains (LR) de Cannes et président de la communauté d’agglomération Cannes Lérins. « Soit il est confirmé dans les prochaines semaines, soit on récupère le foncier. On a un plan B et même un plan C, mais je ne peux pas en parler », a-t-il ajouté, mystérieux.
Tant pis pour ce projet, ou plutôt tant mieux pour les Cannois, lui a répondu le Parti communiste français (PCF) dans un communiqué : « Nous ne pleurerons pas le projet d’aménagement de Novelty uniquement orienté vers l’événementiel et le tourisme de luxe, les deux ”mamelles” économiques chères au maire de Cannes. »
C’est un coup dur pour l’édile cannois, dont l’aura nationale est proportionnelle au nombre de ses autres casquettes (vice-président du conseil départemental des Alpes-Maritimes, président de l’Association des maires de France, vice-président des « Républicains » en voie de rupture avec son parti et fondateur du microparti Nouvelle énergie). En effet, David Lisnard avait « sanctuarisé » la spéculation immobilière de ce foncier situé à deux pas de l’aéroport en le faisant racheter par l’établissement public foncier Paca, pour 12,7 millions d’euros.
Lequel, avec l’État, avait ensuite déboursé 2,2 millions d’euros pour la démolition et la dépollution des anciens ateliers d’entretien de voitures SNCF et RATP de la société AnsaldoBreda, jusqu’à son dépôt de bilan en 2012. En 2022, le groupe Novelty a racheté l’emprise contre 14,6 millions d’euros.
L’heure était alors à la folie des grandeurs : une grande arche devait être construite d’ici à 2025 pour installer sa base de maintenance technique et ses studios (100 salariés et 300 professionnels du spectacle « accueillis »), mais aussi 14 500 mètres carrés de bureaux, une résidence hôtelière, des commerces, un tiers-lieu (c’est la mode) et une résidence universitaire, le nouveau campus Georges-Méliès de l’université Côte d’Azur et la pépinière d’entreprises de la Bastide rouge, autres fiertés du bilan du maire, étant à proximité.
« Un autre projet tout aussi ambitieux »
« Le projet Novelty, situé sur le site de l’ancienne friche AnsaldoBreda à Cannes-la Bocca, s’inscrit pleinement dans l’ambition municipale de faire de Cannes un pôle d’excellence des industries culturelles et créatives à l’échelle européenne, dans la continuité du programme Cannes On Air », fait valoir à l’Humanité le service de presse de la ville.
Faute de concrétisation à court terme, la ville récupérera le foncier et « y déploiera un autre projet tout aussi ambitieux, dans le même secteur d’activité et en cohérence avec la stratégie municipale de développement, sur le secteur, de la filière des industries culturelles et créatives ».
Renouer avec le passé industriel de la zone
Pour le PCF local, ce choix de développement économique fondé uniquement sur l’événementiel et le tourisme de luxe est problématique, alors que 60 % des emplois sont déjà concentrés dans le commerce, les services et transports, selon l’Insee.
« L’épisode du Covid nous a bien montré que quand ces deux secteurs sont à l’arrêt, tout le monde se retrouve le bec dans l’eau. Cet espace pourrait au contraire nous permettre de diversifier les activités et de proposer aux jeunes de la Bocca autre chose que des postes peu qualifiés et précaires de service dans des hôtels de luxe ou d’accueil dans des événements », propose Dominique Henrot, chef de file des communistes pour les municipales 2026.
La friche étant connectée à la voie ferrée Nice-Marseille, l’ancien candidat aux élections de 2014 et 2020 plaide pour renouer avec le passé industriel de cette zone. La Bocca, qui ne compte plus que les sites de Thales et Thales Alenia Space (330 suppressions de postes en 2025), a perdu ses chantiers navals, ses ateliers ferroviaires et, plus récemment, son centre de formation Afpa, que l’école privée de formation hôtelière Vatel peine à réoccuper.
« Y relocaliser une usine pharmaceutique aurait du sens en cette période de pénurie de médicaments », avance Dominique Henrot. En contrepoint, ce dernier souligne que des projets hôteliers de luxe le long de la plage de la Bocca, soutenus par la municipalité, sont en voie de « capoter » et que le maire est à la peine face au préfet pour spécialiser Cannes dans les croisières de luxe.
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