Les étudiants sont-ils condamnés au mal-logement ?

À l’image d’Epinal du jeune étudiant fringant, avide de savoir et symbole d’avenir, s’est substituée la scène dramatique des files d’attente, longues de plusieurs dizaines de mètres, devant les distributions alimentaires. Car la réalité, brutale et incontestable, est que la jeunesse constitue aujourd’hui la catégorie la plus pauvre de la société. Cela vaut plus encore pour les jeunes étudiants qui restent prisonniers de la précarité. Cette fragilité est aggravée par une crise du logement qui frappe de plein fouet les étudiants tant l’offre est insuffisante. Trouver un toit digne de ce nom est devenu pour beaucoup un parcours du combattant, compromettant jusqu’à leur réussite universitaire, voire les menant à un renoncement contraint.

Selon des chiffres de l’Observatoire de la vie étudiante (2023), le logement absorbe entre 57 % et 75 % du budget mensuel d’un étudiant. Les prix des logements, à Paris comme en banlieue, sont exorbitants au regard des revenus faibles voire inexistants des étudiants. Plus du quart d’entre eux vit désormais sous le seuil de pauvreté. Face à cette situation inique provoquée par un marché du logement qui ne l’est pas moins, c’est à la puissance publique d’agir. La région est le bon échelon pour cela, elle qui est compétente en matière de logement étudiant. Et pourtant elle brille surtout par son inaction en Île-de-France.

Selon le rapport de la Chambre régionale des comptes publié en juillet 2025, seuls 11 % des étudiants franciliens logeaient en résidence universitaire ou en internat en 2020. Cela montre à quel point le parc locatif privé est devenu incontournable. Et pourtant, la Région, depuis 2017, n’a cofinancé que 9000 logements environ pour les étudiants. Ce décrochage, dans la région la plus riche du pays, expose des dizaines de milliers d’étudiants à la précarité résidentielle, alors même qu’un minimum de stabilité demeure une condition élémentaire de la réussite scolaire. À l’heure où les pouvoirs publics semblent enfin comprendre que la santé mentale des jeunes est mise à rude épreuve depuis la crise sanitaire, cette fragilité presque existentielle ne peut que participer d’un accroissement des symptômes dépressifs.

Cette géographie contrainte du logement étudiant recompose, par ailleurs, une hiérarchie sociale. À Paris, les enquêtes montrent une surreprésentation d’enfants de cadres par rapport aux enfants d’employés et d’ouvriers. La flambée des prix du parc privé contraint les enfants des classes populaires à s’éloigner de leur établissement, voire à renoncer à toute ambition d’études supérieures. Bref, tout concorde pour bloquer l’ascenseur social.

Peut-on vraiment se retrancher, comme le font certains, derrière l’idée que les étudiants ont toujours eu du mal à se loger pour justifier l’inaction ? Rien n’est plus faux. Ce mal-logement n’est pas une fatalité, mais résulte d’un désengagement politique assumé comme tel par la présidente de la Région Île-de-France. La chambre régionale des comptes affirme en effet que « les moyens affectés par la région au logement des étudiants sont globalement en baisse depuis 2017 ». Pire, elle ne remplit même pas ses objectifs – déjà maigres – pour lesquels des enveloppes budgétaires ont été allouées. La chambre régionale des comptes de préciser que « la cible de logements à financer par les aides régionales n’est atteinte qu’à hauteur de 37 % en moyenne ».

Ce désengagement de la Région trouve son acmé dans la décision de Valérie Pécresse de faire de 2025 une année blanche pour le logement social et y compris le logement étudiant. Soit un budget littéralement nul. Face à notre mobilisation, de l’ensemble des groupes de gauche et du secteur logement social, le financement du logement des jeunes a été rétabli lors du vote du budget supplémentaire en juin 2025 sans que ça ne soit à la hauteur de l’enjeu. Qu’une ancienne ministre de l’Enseignement supérieur manifeste un tel mépris pour la précarité des jeunes relèverait du comique si la situation n’était pas si tragique.

Le constat est implacable, et les dérobades de la droite régionale s’en remettant à la responsabilité de l’État n’y changeront rien. Il faut agir maintenant, sauf à abandonner les 800 000 étudiants Franciliens ou en insertion. C’est pourquoi nous avons proposé que la Région rétablisse les lignes budgétaires allouées les années précédentes au logement étudiant. Cette demande est loin d’être superflue. Face à l’ampleur de la crise, il y a urgence à agir.

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