Marche blanche pour rendre visibles les quatre victimes de meurtres homophobes retrouvées dans la Seine

Elles s’avancent, des bouquets de fleurs blanches serrées contre leur poitrine. Nadine, sa sœur et sa petite-fille marchent côte à côte précédant la foule de citoyens et d’élus qui remonte ce quai Voltaire, en bordure de la Seine. Ici, il y a plus d’un mois le fils de Nadège, Franz a été retrouvé mort. « Je découvre les lieux, en cet endroit j’ai perdu mon fils unique. Qui va me le rendre ? Personne. Mais je suis émue de tout ce monde présent. Je pense aussi aux autres victimes et à la douleur de leurs familles », témoigne Nadège en guise de remerciement.

Comme celui de Franz, les corps d’Abdallah, Amir et Sami ont été repêchés dans le fleuve le 13 août, après des jours à s’y décomposer. Les invisibles de Choisy, ces hommes, LGBT, sans-abri ou sans-papiers pour certains ont été rendus à leur humanité, grâce à cette journée hommage organisée à l’initiative de Stop homophobie.

Abdallah, ressortissant algérien de 21 ans, disparu le 26 juillet. Amir, Tunisien de 26 ans, disparu 5 jours plus tard, tous deux auraient vécu une sexualité LGBT + selon l’enquête en cours. Sami de nationalité algérienne avait 21 ans. Il résidait à Choisy-le-Roi, il avait été porté disparu entre le 4 et 5 août. Il aurait croisé par hasard sur ce quai le principal suspect. Franz, de nationalité française avait 48 ans, il habitait Créteil. Celui qui avait « le cœur sur la main », comme le décrit sa mère, aurait hébergé l’une des deux premières victimes. Son homosexualité a été confirmée par l’enquête en cours.

Entre recueillement et colère

« Les victimes cumulaient les marqueurs d’exclusions, cette situation est éminemment politique » , estime la députée Clémence Guetté présente discrètement dans la foule. L’élue insoumise de cette circonscription du Val-de-Marne et habitante de Choisy-le-Roi, dénonce « des politiques qui tuent ». Marie-Agnès est venue elle aussi pour rendre de la dignité à ces hommes, « comme ils n’étaient pas dans les normes, ils ont été marginalisés et leurs disparitions n’ont pas été médiatisées », s’indigne-t-elle. À ses côtés, Cécile confie avec émoi : « Ce rassemblement je l’espérais et je l’ai attendu ». Elle souhaite vivement que ces crimes, dont elle souligne les caractères homophobes, « ne restent pas des numéros de dossier dans les placards » mais qu’ils servent « à ouvrir les yeux sur ce monde cruel ».

La foule chemine encore, dans un silence que seuls des sanglots étouffés viennent interrompre. Chemisier bleu et boucles d’oreilles assorties, Aliaume âgé de 33 ans tenait plus que tout à être présente car « en tant que personne queer » ces meurtres l’ont « particulièrement affectée ». Pour cette jeune femme transsexuelle qui travaille dans l’éducation nationale ces meurtres font écho au suicide de Claire Grandjean, harcelée parce que lesbienne. Elle accuse ainsi « le climat nauséabond et l’inaction des institutions pour soutenir et défendre la communauté LGBT +. Aujourd’hui je pleure nos morts et nos mortes, ça aurait pu être moi », lance-t-elle.

Au micro Terrence Khatchadourian, secrétaire général de Stop homophobie lance un appel vibrant à la solidarité, accompagnée par Mourad travailleur social qui connaissait bien les victimes. Ensemble, ils ne demandent qu’une seule chose : « ne passait pas sans regarder des personnes dans les besoins. Nos associations existent ces morts étaient évitables, il faut nous appeler, nous trouverons toujours des solutions pour mettre des personnes en sécurité », déclament-ils tour à tour la gorge serrée.

Les élus locaux ont rejoint le cortège

Le maire LR de la ville, Tonino Panetta, est finalement présent, il a rejoint la marche en cours de route. Terrence Khatchadourian s’adresse alors directement à lui : « s’il vous plaît aménagez cette zone, mettez des éclairages. Ici on peut se faire tuer sur 5 kilomètres sans être vu. » Il est rejoint dans sa revendication par la mère de Franz, Tonino Panetta prend note et les invite finalement un mois après les faits à venir le rencontrer. « L’heure n’est pas aux polémiques politiques, il faut souhaiter désormais que la population soit informée et interpellée sur les regards qui se détournent de certains endroits de nos villes. Car c’est cette absence de regards qui crée la solitude, l’isolement et l’exclusion. Il faut que la ville reconquière les abords de son fleuve pour tous et toutes », insiste Fabien Guillaud-Bataille élu d’opposition (PCF) au conseil municipal. Le quai voltaire, connu par les associations et la population pour être une zone de crusing gay, de squat pour sans-abri et/ou sans papiers, mais aussi un point de deal occasionnel « n’était absolument pas connu en tant que tel par la municipalité » selon l’adjoint au maire Frédéric Druart.

Les fleurs désormais ont rejoint la Seine, déposées par Nadège et ses proches, elles ont pris la place de Franz, Abdallah, Amir et Sami. « L’homophobie tue », lance Rolande parmi la foule les yeux humides le cœur lourd. Tous et toutes souhaitent que justice soit faite et que le caractère homophobe des crimes soit retenu. Dans cette affaire stop homophobie s’est constitué partie civile.

Oui, on s’en doute : vous en avez assez

Voir ces messages d’appel au don, ça peut être pénible. Nous le savons. Et on doit bien vous avouer que nous préférerions ne pas avoir à les écrire…

Mais voilà : c’est crucial pour l’Humanité. Si ce titre existe toujours aujourd’hui, c’est grâce au financement régulier de nos lectrices et lecteurs.

  • C’est grâce à votre soutien que nous pouvons exercer notre métier avec passion. Nous ne dépendons ni des intérêts d’un propriétaire milliardaire, ni de pressions politiques : personne ne nous dicte ce que nous devons dire ou taire.
  • Votre engagement nous libère aussi de la course aux clics et à l’audience. Plutôt que de chercher à capter l’attention à tout prix, nous choisissons de traiter les sujets que notre rédaction juge essentiels : parce qu’ils méritent d’être lus, compris, partagés. Parce que nous estimons qu’ils vous seront utiles

À l’heure actuelle, moins d’un quart des lectrices et lecteurs qui viennent plus de 3 fois sur le site par semaine nous aident à financer notre travail, par leur abonnement ou par leurs dons. Si vous voulez protéger le journalisme indépendant, s’il vous plaît, rejoignez-les.