« Le plus éprouvant est passé, mais ça a laissé des traces », résume Yanis Megal, représentant de la section CGT du Decathlon situé au métro Madeleine (Paris 8e). Depuis septembre 2024, les travaux d’ampleur lancés par le bailleur du bâtiment occupé par le magasin d’équipements sportifs avaient viré au cauchemar pour ses employés.
Suspicion d’amiante, exposition aux émanations de poussières, fuites d’eau et d’urine, froid… L’intersyndicale CGT-CFDT avait en vain multiplié les alertes et dénoncé dans nos colonnes une direction sourde et obsédée par la politique du chiffre.
Ce qu’il en reste aujourd’hui, alors que les percussions des marteaux-piqueurs tendent à s’éteindre et les nuages de poussière s’atténuer – les travaux prévus jusqu’à 2026 s’étant déportés vers les étages supérieurs : « le sentiment que la direction a été d’une incompétence crasse et un sentiment d’usure pour les collègues », dresse, en guise de bilan, Yanis Megal.
Une exposition au bruit et aux poussières à la limite de la légalité
Il s’appuie sur les conclusions d’un cabinet d’expertise mandaté par le CSE (comité social et économique) consacré aux risques psychosociaux consécutifs à ces travaux. Il aurait démontré, selon le syndicaliste, à la fois que le niveau de nuisances, en termes d’exposition au bruit et aux poussières notamment, avait continuellement « flirté avec les limites légales », avec « des pics autour des 100-110 décibels », et que, par ailleurs, les sondes utilisées par la direction ne respectaient pas les pondérations préconisées par le Code du travail.
Résultat : des employés qui seraient en état d’épuisement et une multiplication d’arrêts maladie liés à ce que le syndicaliste nomme « un continuum » de nuisances, depuis sept mois.
« L’exposition répétée aux poussières, au bruit, aux fuites, la nécessité de s’adapter sans cesse à ces situations, à être sur ses gardes a créé une fatigue psychologique qui a eu des répercussions physiques avec pour certains des troubles musculaires », auraient conclu les experts du cabinet d’expertise, selon le syndicaliste.
Problèmes respiratoires, éruptions cutanées et réactions allergiques
Les vendeurs du rayon Fitness auraient été particulièrement exposés : « Sur le temps long, tout cela a eu des conséquences sur leur santé physique. Certains d’entre eux ont fait état de problèmes respiratoires, d’éruptions cutanées et de réactions allergiques. Dans l’équipe de ce rayon, pas une seule personne n’a échappé à un arrêt à un moment ou un autre lié aux conditions de travail. », détaille le syndicaliste.
À ses yeux, ce qui a dès le départ fait défaut, c’est le manque de compétences d’une direction qui aurait démontré son ignorance de ses obligations en termes de sécurité. Il a fallu, selon lui, que les syndicats montent au créneau « pour obtenir le minimum, c’est-à-dire des masques, des casques pour les oreilles, des fermetures préventives ».
Il rappelle que c’est dans ce même magasin qu’un intérimaire de 25 ans, écrasé par son chariot élévateur, est mort en octobre 2023, « une catastrophe qui aurait pu être évitée » à l’origine d’un traumatisme durable pour les salariés et pour laquelle la direction du magasin est sous le coup d’une enquête pour homicide involontaire.
Ce qui amène le syndicaliste à ce constat : « En fait, l’employeur n’a pas du tout envie de faire évoluer les choses parce que c’est sa poule aux œufs d’or, c’est le magasin qui fait le plus de chiffres de toute l’entreprise. Il n’y a que par la lutte que les salariés arrivent un petit peu à se protéger. »
Contacté par l’Humanité, le service de presse de Decathlon affirme que « des actions concrètes ont été engagées depuis le début des travaux, en lien avec les représentants du personnel » et nous renvoie à ses déclarations précédentes, à savoir notamment que « la sécurité et le bien-être des salariés mais également de nos clients sont une priorité. »
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