Tout est parti d’une conversation saisie au vol. Nous sommes en septembre 2024, des travaux d’ampleur viennent d’être lancés dans l’immeuble occupé par l’un des magasins parisiens de Decathlon, à quelques pas du métro Madeleine. Sur le chantier, deux ouvriers causent. Et lâchent le mot : « désamiantage », qui tombe dans les oreilles d’un salarié à proximité.
Ce dernier rapporte dare-dare la conversation aux élus syndicaux, déjà en état d’alerte face à la tournure prise par ce chantier colossal destiné à refonder toute la structure du bâtiment. Des travaux menés au pas de charge jusqu’à avril, voire juin prochain, tandis que les quelque 130 salariés du magasin, situé en sous-sol sur près de 4 000 m2, sont sommés de continuer à trimer, au milieu des émanations de poussières et autres nuisances.
Voilà donc les élus CGT et CFDT, soudés en une intersyndicale offensive, qui creusent, ouvrent les classeurs d’archives, dénichent des preuves et demandent des comptes à leur hiérarchie. Il faut dire que la direction du magasin – sous le coup d’une enquête pour homicide involontaire après la mort d’un intérimaire de 25 ans, écrasé par son chariot élévateur, en octobre 2023 – doit répondre d’un antécédent qui a de quoi rendre les élus du personnel fébriles.
Désamiantage à tous les étages
Ils sont formels : jamais la direction n’avait évoqué l’existence d’amiante. Or, les documents exhumés révéleraient qu’elle ne pouvait l’ignorer. « Nous avons trouvé un dossier technique datant de 2014, qui identifiait la présence d’amiante dans plusieurs zones du magasin à un taux suffisant pour imposer des vérifications triennales qui n’ont pas été faites », affirme Yanis Megal, représentant CGT. Tout en niant avoir eu connaissance de la présence d’amiante, la direction aurait