Que se cache-t-il derrière la promotion incessante de la vertu et de l’intérêt général ? Entretien avec les auteurs de « Decathlon ou les tactiques de la vertu »

Du siège social, avec ses satellites, dans le nord de la France, aux usines de confection textile en Tunisie, en passant par les magasins flambant neufs au Sénégal ou au Mexique, c’est une équipe de huit sociologues qui, d’une seule voix mais avec des approches diablement complémentaires, a enquêté sur Decathlon, cette multinationale toujours fleuron du vrai-faux groupe bâti par les Mulliez depuis des décennies.

En l’occurrence, ils l’ont fait – et c’est ce qui rend leur ouvrage1 si précieux – à partir d’un champ largement ignoré, à la fois dans le travail journalistique et dans la recherche en sciences sociales : celui de la « vertu » et de la responsabilité sociale des entreprises (RSE). Et sans se contenter des condamnations un peu hâtives, ils ont cherché à examiner ce que produit précisément ce régime mis en avant qui prétend servir « l’intérêt général »… tout en engrangeant, bien sûr, des profits !

Pourquoi avoir choisi Decathlon comme terrain pour votre enquête sur l’entreprise citoyenne ?

Nous cherchions une multinationale emblématique du capitalisme français. Quand le projet de recherche a été monté, une partie d’entre nous...