Vainqueur du Vendée Globe 2024-2025 à bord de Macif Santé Prévoyance, Charlie Dalin (41 ans) a révélé, ce mercredi 8 octobre, qu’il souffre d’un cancer gastro-intestinal depuis deux ans avant la parution, jeudi, de son livre La Force du Destin (Gallimard). Un combat qui donne une dimension encore plus forte a son tour du monde, accompli sous immunothérapie en 64 jours, améliorant ainsi le record de près de 10 jours.
Opéré d’une tumeur de « la taille d’un pamplemousse » six semaines après son retour victorieux aux Sables-d’Olonne, le navigateur, qui lutte toujours contre la maladie, est depuis obligé de mettre sa carrière entre parenthèses. Qui aurait pu imaginer ce dont souffrait le skipper, tout sourire malgré des traits tirés, lors de sa remontée du chenal sous les vivats du public ?
« Un intrus à bord »
Pour évoquer son cancer, le marin, qui est parvenu à triompher de la plus difficile des courses en solitaire, préfère parler de « truc », d’ « un intrus à bord » ou de « maladie ». C’est à l’automne 2023 qu’il découvre la terrible nouvelle. Alors qu’il domine le circuit depuis deux ans avec de très bons résultats, Charlie Dalin, alors âgé de 39 ans, s’apprête à prendre le départ au Havre de la Transat Jacques Vabre.
Gêné par de violents maux de ventre depuis plusieurs semaines, il attend les résultats d’un scanner. « Cela prenait plus de temps que prévu, je trouvais ça bizarre, se souvient-il. Je préparais la course, je faisais des routages météo sur mon ordinateur dans la salle d’attente de l’hôpital de Quimper. »
Puis des examens plus poussés révèlent la présence d’une tumeur stromale gastro-intestinale (GIST) d’une quinzaine de centimètres. « J’ai eu l’impression de me prendre un bus, confie-t-il, ému. Je ne pense plus du tout au sport. Je pense à ma famille, à mon fils, à ma femme. Je me demande si je vais vivre, si je vais voir mes 40 ans. »
Obligé de renoncer à la Transat Jacques Vabre 2023, le Havrais consulte un éminent professeur à l’Institut Gustave-Roussy à Paris. On lui prescrit un traitement d’immunothérapie qui s’avère efficace. « Il m’a dit : « J’ai des sportifs de haut niveau qui prennent ce traitement et continuent leur carrière. Pour moi, le Vendée, ça peut le faire. » Cela m’a donné un immense espoir », souligne-t-il.
À bord, priorité à la récupération et au sommeil
Soutenu par ses proches, il met le cap sur le prochain Vendée Globe, une course qui lui avait échappé d’un rien en 2021 après avoir terminé 2e derrière Yannick Bestaven. « Lors de mon premier gros test sur The Transat en avril 2024, j’étais très fatigué, je doutais : était-ce le traitement, la tumeur, le manque d’entraînement, les trois ? », s’interroge-t-il.
Faisant de la récupération et du sommeil sa priorité en mer, il termine quatrième de cette traversée entre Lorient et New York, qualificative au Vendée Globe. Sur la transat retour New York – Vendée Les Sables-d’Olonne, il s’offre la victoire en 10 jours avec 17 heures d’avance sur ses concurrents.
Rassuré par ses performances et un nouveau scanner qui montre dix jours avant le départ du Vendée Globe que la tumeur « n’a pas évolué », Charlie Dalin embarque pour le tour du monde en solitaire, sans escale ni assistance avec plusieurs mois de traitements et l’obligation de prendre une pilule par jour.
« J’étais déterminé, mais vraiment détendu, explique-t-il. Les conditions météo, les options ratées, ce n’étaient plus de vrais problèmes par rapport à ma santé. On a partagé un beau moment avec mon fils Oscar et ma femme Perrine sur le ponton », se rappelle-t-il. Et d’ajouter : « La maladie m’a aussi fait relativiser. Pouvoir m’élancer, c’était déjà une victoire. On le dit souvent mais dans mon cas cela n’a jamais été aussi vrai. »
Course en tête
Après un début de course bien placé, il trouve son rythme et passe le cap de Bonne-Espérance en tête. « J’ai appliqué ma stratégie, en dormant en moyenne 6 h 30 par 24 heures, c’est plus que sur mon premier Vendée. Pas de distraction à bord, chaque moment libre, je l’utilisais pour dormir. »
Tout à bord est pensé pour s’accorder des plages de repos facilement. « Dès que je peux, je me jette dans la bannette pour récupérer, pour gérer la fatigue. Tout est proche dans le bateau, c’était super bien pensé. »
Faisant cavalier seul à vive allure, il se trouve face un cas de conscience dans l’océan Indien. Une grosse tempête menace l’intégrité de son monocoque, doit-il la contourner ? Il s’y refuse. La plupart des concurrents contourneront l’obstacle et se retrouvent largement distancés. « C’était une décision compliquée, se rappelle-t-il. La maladie a-t-elle joué un rôle dans sa prise de risque ? Je ne pense pas. Avoir déjà fait le Vendée m’a aidé à démystifier les mers du Sud. »
Il n’y a que Yoann Richomme, ami de longue date, qui s’accroche au train d’enfer imprimé par Charlie Dalin lors de la remontée vers Les Sables-d’Olonne. « J’ai eu des douleurs au ventre, je me suis juste dit : tu n’as pas le temps de t’occuper de ça. Les douleurs repartaient aussi vite qu’elles étaient arrivées. Quand je suis revenu à terre, je l’avais presque oublié. »
Sujet passé sous silence au retour
Le 14 janvier, il pulvérise le record du Vendée Globe de presque 10 jours et embrasse le pont de son voilier en se couchant dessus. Des images qui prennent un sens particulier aujourd’hui. Lors de la conférence de presse, il hésite à évoquer sa situation puis décide de ne pas en parler. « J’avais envie de savourer tout simplement. Je pense que ça aurait cannibalisé le moment, glisse-t-il. Et puis… je crois aussi que je n’étais peut-être pas prêt. »
Durant sa révolution autour de la planète, sorte de parenthèse enchantée alimentée par l’urgence du quotidien à bord et l’adrénaline, la tumeur a néanmoins « progressé un peu ». Les douleurs au ventre reviennent et le skipper se fait opérer début février.
« Je suis passé de l’apogée de ma carrière sportive à un moment très difficile, très douloureux, précise-t-il Je venais de faire un tour du monde et un mois plus tard mon objectif était de réussir à faire le tour du service. »
Si son combat n’est pas encore terminé, Charlie Dalin trouve des motifs d’espoir à travers l’exploit qu’il a accompli. « J’espère que je pourrai rapidement refaire des courses… dit-il. Aujourd’hui je vois ça comme une double victoire, sur la course et surtout sur tout ce qui m’est arrivé. »
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