Des pesticides produits en Europe mais interdits dans l’UE retrouvé dans un aliment sur dix, alerte Foodwatch

L’Union européenne responsable d’un commerce toxique. Dans sa dernière étude, l’organisation non gouvernementale de défense des consommateurs, Foodwatch, dénonce la fabrication et la vente de pesticides dangereux dans l’Union européenne, alors même qu’ils sont interdits sur son territoire.

Dans son rapport, Foodwatch cite l’exemple de l’usine lyonnaise BASF (abréviation de Badische Anilin- & Soda-Fabrik), géant mondial des produits phytosanitaires. L’entreprise stocke ainsi des palettes d’un insecticide interdit dans l’Union européenne destinées à l’exportation. Si son utilisation est prohibée dans l’agriculture européenne, il est pourtant bel et bien toujours produit en France avant d’être vendu dans des pays tiers où les réglementations sont plus souples. « Ces substances restent toxiques, peu importe où elles sont utilisées et finissent souvent par revenir dans nos assiettes via les produits importés », pointe l’organisation.

Un effet boomerang

Foodwatch a analysé les dernières données de surveillance des pesticides publiées par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) montrant des résultats alarmants. Ils indiquent que près d’un échantillon alimentaire sur dix testés dans l’Union européenne pour l’année 2023, soit 9 %, contiennent des résidus de pesticides interdits en Europe.

Selon l’étude de l’EFSA, 580 substances de pesticides différentes ont été détectées provenant de plus de 400 pesticides, dont plus de 200 sont non autorisés sur le territoire européen. Les substances les plus fréquemment décelées sont : les insecticides Imidaclopride, Thiamethoxame, Chlorpyrifos, Bifenthrine et les fongicides Carbendazime et Flutriafol. Tous sont considérés comme cancérigènes et toxiques pour la reproduction. Certains ont été même classés comme pesticides extrêmement dangereux (HPP) par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

Parmi les produits particulièrement contaminés on retrouve les bananes, le thé, le riz, le gombo et les épices. Les taux de contamination les plus importants ont été observés dans les denrées alimentaires importées du Rwanda, du Cambodge, de Madagascar, du Paraguay et du Bangladesh.

Un système « immoral »

Pour Camille Dorioz, directeur des campagnes chez foodwatch : « L’exportation de pesticides interdits dans l’UE par des entreprises comme Bayer, BASF et Biesterfeld a des conséquences dévastatrices sur la santé des travailleurs agricoles et sur l’environnement dans les pays du Sud ». Il alerte sur un non-sens sanitaire et commercial « totalement immoral ».

L’ONG exhorte la Commission européenne d’interdire la production et l’exportation de ces substances et pesticides bannis d’ores et déjà par la réglementation européenne. Foodwatch demande des sanctions contre les industriels et « une tolérance zéro appliquée aux résidus dans notre alimentation, afin de protéger notre santé de ces pesticides et nos agriculteur.ices d’une concurrence déloyale », déclare-t-elle. Une pétition européenne a été lancée, par Foodwatch, PAN Europe, Inkota et Umwelt Institut pour pousser Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne à agir.

Cette réalité alarmante est révélée quelques jours seulement après que la France a autorisé la réintroduction de l’acétamipride avec l’adoption de la loi Duplomb à l’Assemblée nationale mardi 8 juillet. L’acétamipride est un pesticide ultra-toxique faisant partie de la famille des néonicotinoïdes et interdit depuis 2020 car accusés d’avoir décimé des millions de colonies d’abeilles. Cette substance est soupçonnée d’effets sur la fertilité, le développement du fœtus, voire le système nerveux des enfants et est connue pour être persistant dans l’organisme et dans un milieu naturel. Un contexte révélateur de la fragilité des législations en place et de la puissance des lobbies, revenant ainsi sur des années d’avancées écologiques.

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