Kanaky-Nouvelle-Calédonie : après son rejet de l’accord de Bougival, le FLNKS propose d’aboutir à la pleine souveraineté

Les loyalistes et l’Élysée l’annonçaient historique, l’accord de Bougival est finalement enterré. Ce 13 août, les indépendantistes du FLNKS (Front de libération nationale kanak socialiste) ont annoncé rejeter le texte qu’ils avaient pourtant signé mi-juillet avec Paris.

Lors d’un congrès extraordinaire, le 9 août, le mouvement a in fine décidé de « (rejeter) formellement le projet d’accord de Bougival, en raison de son incompatibilité avec les fondements et acquis de notre lutte », annonce Dominique Fochi, secrétaire général de l’Union calédonienne (UC) et membre du bureau politique du FLNKS.

Reste à comprendre ce qui a conduit à ce retournement de situation. La délégation de cinq négociateurs du FLNKS est-elle allée trop vite en besogne en revenant en Kanaky avec un texte signé avant d’être débattu en interne ? Malgré nos tentatives, ni le secrétaire général de l’Union calédonienne, Dominique Fochi, ni l’un des négociateurs, le député Emmanuel Tjibaou (Gauche démocratique et républicaine), n’ont pu être joints pour un commentaire.

Si le Palika (Parti de libération kanak) estime que l’accord trouvé à Bougival constituait une « avancée politique majeure », le FLNKS expose ses divisions sur la question depuis le retour de la délégation à Nouméa. La composante principale du mouvement, l’Union calédonienne a ainsi boudé le 44e congrès du FLNKS.

L’autre force, l’Union progressiste en Mélanésie (UPM), a également brillé par son absence et dit attendre une clarification quant à la stratégie. Le président du Front, Christian Tein, qui ne cache pas non plus son opposition au projet, affirme.

« Nous restons ouverts au dialogue, qui se fera, non pas sur les sujets secondaires, mais uniquement sur les modalités d’accession à la pleine souveraineté et les éléments incontournables, en format bilatéral, avec le colonisateur, en Kanaky. Et ce, jusqu’au 24 septembre 2025, tel que prévu par notre dernier congrès. »

« L’accord de Bougival n’est pas tombé du ciel »

L’accord de Bougival prévoit la création d’un « État de Nouvelle-Calédonie » inscrit dans la Constitution française et d’une nationalité calédonienne (et non kanak), ainsi que la possibilité de transférer certaines compétences régaliennes (monnaie, justice, police et affaires étrangères). Il n’y est aucunement question d’indépendance.

Ce rejet du FLNKS est un sérieux camouflet pour le ministre des Outre-mer, Manuel Valls. Ce dernier tente de jouer la dernière carte dont il dispose : celle de la division du FLNKS. Réagissant au rejet, il rappelle : « L’accord de Bougival n’est pas tombé du ciel. Il est un compromis historique, fruit de mois de travail depuis février, d’échanges difficiles, avec toutes les délégations, y compris celle du FLNKS conduite par Emmanuel Tjibaou. Chacun y a apposé sa signature. »

Sans fermer la porte, le gouvernement joue toutefois une partie délicate en agitant le risque d’un retour de la violence après les révoltes de 2024. Elles avaient éclaté après l’ouverture du corps électoral à toutes les personnes nées en Nouvelle-Calédonie ou justifiant de quinze années de résidence, une réforme aux relents colonialistes qui visait à entraver le processus d’indépendance.

Depuis les accords de Matignon (1988) et ceux de Nouméa (1998), les colons peuvent ainsi s’inscrire sur les listes, rendant les Kanaks minoritaires dans leur propre pays. L’accord de Bougival ne prévoit en outre aucun nouveau référendum sur l’indépendance. Paris s’appuie justement sur le renversement démographique et le fait que le « non » l’a emporté à trois reprises lors des précédentes consultations.

« Le rejet de Bougival, ce n’est qu’une parenthèse »

Manuel Valls, qui doit se rendre sur place la semaine prochaine, rencontrera l’ensemble des acteurs pour clarifier la partie relative à cette modification du corps électoral. Plusieurs fois reportées, les élections provinciales doivent se tenir en mai ou juin 2026.

Le FLNKS entend accélérer le calendrier avec une tenue dès novembre prochain. Une lutte semble désormais se jouer au sein même du mouvement indépendantiste pour gagner en influence. « On remet en cause la légitimité de ceux qui ont signé. Organisons les élections provinciales pour connaître la réelle légitimité des uns et des autres. Le rejet de Bougival, ce n’est qu’une parenthèse, mais nous restons ouverts à la discussion avec ceux qui seront légitimés par les urnes », insiste l’indépendantiste Sylvain Pabouty, représentant de la Dynamik unitaire Sud, née d’une scission du Palika.

Le FLNKS ne ferme pas la porte et propose d’aboutir à la signature d’un nouvel accord le 24 septembre, jour de la prise de possession du territoire par la France en 1853. Ce texte devra porter sur « l’accession de la Nouvelle-Calédonie à la pleine souveraineté avant l’élection présidentielle de 2027 », estime Dominique Fochi.

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