Il lui interdit d’écrire. Il la viole, quasiment tous les jours, quand il rentre de ses virées nocturnes. Il la gifle en public. Et elle ne peut même pas divorcer : c’est interdit par la loi. Aurore Dupin, lorsque commence cette mini-série en quatre épisodes, n’est pas encore George Sand.
Elle s’est mariée, très jeune, à 18 ans, avec le baron Casimir Dudevant. Elle est donc passée, à ce moment précis, de la tutelle de sa mère à celle de son mari : elle a une immense fortune et ne peut décider de son usage. Elle doit surtout supporter ce soudard, ce coureur de jupons invétéré, cet homme violent et velléitaire. La Rebelle raconte ces cinq années, de 1830 à 1835, où Aurore Dupin s’affranchit de toutes les règles sociales et patriarcales de son époque. Elle s’invente comme femme libre d’écrire. Elle participe avec fougue au mouvement romantique, et à tout le foisonnement politique qui l’entoure.
La rencontre décisive avec Honoré de Balzac
Le propos de la série est très romancé, en prenant des éléments de la vie de l’écrivaine dans le désordre, mais l’énergie de Nine d’Urso donne à l’ensemble une cohérence, et surtout une modernité qui donne envie de plonger avec allégresse dans les œuvres complètes de la dame.
À l’heure où commence la Rebelle, Aurore Dupin (Nine d’Urso) a donc 25 ans, vit dans son beau château de Nohan avec son affreux mari (Vincent Londez) et leurs deux enfants, Maurice et Solange. Il faudra la rencontre avec Jules Sandeau (Aymeric Fougeron) pour fuir à Paris, sauver sa peau, et croire à nouveau dans la possibilité de l’amour, au moins charnel. La cohabitation avec le jeune homme, immature et cavaleur, n’est pas de tout repos, mais lui permet une rencontre décisive avec Honoré de Balzac, dont le jeune homme est secrétaire.
Car ce qui est au centre de la fiction, c’est la façon dont l’écriture délivre la romancière. Elle écrit, tout le temps : des lettres (au moins 18 000, a confié à l’Humanité magazine Nine d’Urso, qui a beaucoup travaillé le sujet), des romans, des nouvelles, des pièces de théâtre.
Une très bonne leçon de féminisme
Au centre de ses livres, la revendication de la liberté, à la fois celle de choisir son destin, mais aussi d’aimer et d’être aimée en retour : la fiction évoque évidemment sa passion avec Alfred de Musset (Oscar Lesage) et une possible liaison avec Marie Dorval (Barbara Pravi). Et c’est justement parce qu’elle obtient ce statut d’autrice qu’elle peut aller en justice, obtenir la garde de ses enfants, et même porter le pantalon, ce qui est alors totalement interdit aux femmes.
Alors certes, la fiction pourrait être encore plus fluide avec quelques coupures, et un peu plus de moyens : les manifestations ressemblent à une file d’attente à un péage, ne comptant pas assez de comédiens, par exemple.
Idem pour les citations tirées d’œuvres, dans une langue du XIXe siècle parfois ampoulée. Mais c’est une très bonne leçon de féminisme, d’histoire de la politique, en même temps qu’un rappel de l’importance de l’œuvre de George Sand. Il est jubilatoire de voir cette femme d’un autre siècle se libérer avec autant de fougue.
La Rebelle, les aventures de la jeune George Sand, France 2, 21 h 10
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