La Cour des comptes n’y va pas de main morte. Dans un rapport consacré à l’établissement public du musée du Louvre, publié ce jeudi 6 novembre, les contrôleurs de l’utilisation (chiche) des deniers publics pointent une « carence en matière de pilotage stratégique » du plus grand musée du monde.
Au lendemain du retentissant vol de joyaux au Louvre (88 millions d’euros de préjudice), des fuites d’une première version du rapport avaient déjà mis en lumière les grandes lacunes du musée pour assurer la sûreté et la sécurité de ses collections. La Cour des comptes persiste et signe dans son rapport final en mettant en cause les choix stratégiques mis en œuvre depuis la crise Covid, puis l’annonce des projets somptuaires par Emmanuel Macron en janvier dernier.
Incohérence des choix de gestion
Côté bon point, le rapport reconnaît les efforts des deux derniers présidents de l’établissement, depuis 2018, à limiter les conséquences de la sur-fréquentation des espaces d’exposition pour améliorer les conditions de visite, de travail et de conservation des œuvres. De même sont cités les efforts de relance de fréquentation après la crise Covid.
Mais ces mesures ne « constituent pas des réponses structurelles ». Pire : l’incohérence des choix de gestion est soulevée. « Les choix d’investissement de l’établissement en faveur des réaménagements muséographiques et des acquisitions d’œuvres (ont été réalisés) au détriment des travaux de restauration du palais et de mise aux normes des installations techniques du musée », souligne l’étude, qui met notamment en cause le « lancement de nouveaux projets muséographiques d’ampleur, ainsi que de la reconfiguration d’aménagements pourtant récents », qui ont fini par « brouiller les objectifs stratégiques poursuivis par l’établissement et à mobiliser des ressources financières importantes qui s’ajoutent aux besoins d’investissement immobilier de moyen – long terme sous-financés sur la période ».
Ainsi, 2 754 œuvres ont été acquises en huit ans, « dont moins d’une sur quatre sont exposées », pour 105,4 millions d’euros. 63,5 millions ont de même été mobilisés pour la rénovation des aménagements muséographiques. Dans le même temps, seuls 26,7 millions d’euros ont été investis dans des travaux d’entretien et de mises aux normes, et 59,5 millions pour des travaux de restauration du bâti.
Pourtant, le Louvre ne manque pas de ressources propres, même si la Cour des comptes ne dit rien de la baisse de ses financements publics. Le musée disposait en 2024 de 211 millions d’auto-financements en 2024, en hausse constante après le trou d’air de 2020-21. Mais « la dégradation de la trajectoire financière plaide pour hiérarchiser les priorités en matière d’investissements en faveur de la mise aux normes des installations techniques du musée (notamment de sûreté et de sécurité) et de la rénovation du clos et couvert, mais aussi pour réduire les achats d’œuvres, ainsi que les projets de rénovation muséographique ».
Folie des grandeurs
En mauvais pères la rigueur, les comptables de la rue Cambon n’appellent en revanche pas le ministère de la Culture à remettre au pot afin de tenir les deux bouts : rénovation et sécurisation des bâtiments d’un côté, de l’autre offre culturelle ambitieuse avec la poursuite de la relance de la fréquentation de proximité et scolaire.
En cette période de déficits publics, la Cour des comptes met un coup de griffe aux grands projets « Louvre nouvelle Renaissance » et « Grande colonnade », appelés de ses vœux par Emmanuel Macron en janvier. La création d’une nouvelle entrée et de 22 000 mètres carrés sous la Cour carrée, afin notamment d’accueillir La Joconde dans un espace spécifique, s’avère particulièrement risquée en termes de contrôle des coûts des travaux. L’institution revoit ainsi à la hausse le coût de la rénovation à 1,15 milliard d’euros.
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