Réforme des retraites : même la Macronie commence à flancher et envisage sa suspension

La mobilisation de l’intersyndicale et la fermeté de la gauche commencent à faire vaciller les certitudes d’une Macronie de plus en plus faible. L’ancienne première ministre Élisabeth Borne, celle-là même qui a fait passer la réforme des retraites par 49.3 en mars 2023, a déclaré dans le Parisien que l’« on ne doit pas faire de cette réforme des retraites un totem ». Elle lâche même : « Si c’est la condition de la stabilité du pays, on doit examiner les modalités et les conséquences concrètes d’une suspension jusqu’au débat qui devra se tenir lors de la prochaine élection présidentielle ».

Le premier ministre démissionnaire Sébastien Lecornu lui-même a demandé aux services de Bercy d’évaluer le coût d’une suspension de la réforme des retraites exigée par une partie de la gauche. Il n’a toutefois pas évoqué cette question dans sa courte déclaration sur le perron de Matignon, ce mercredi.

Bisbilles chez les macronistes

Cette évolution du débat politique ne plaît pas à tout le monde dans le camp présidentiel. Roland Lescure, ministre de l’Économie estime que cela « va coûter des centaines de millions en 2026 et des milliards en 2027 ». Et certains députés prennent mal ce qu’ils considèrent comme le pire des renoncements. « Je suis SIDÉRÉ qu’une si grande part de la classe politique soit prête, sur le dos d’un « compromis » surréaliste, à envoyer sciemment dans le mur notre régime de retraite par répartition. Je refuse de faire partie de cette mascarade, même si ce choix est impopulaire », a écrit le député Charles Rodwell sur le réseau social X.

Nathalie Loiseau, députée européenne, a critiqué les propos d’Élisabeth Borne : « Comment réduire les déficits et protéger nos services publics, l’école, nos armées si l’on suspend la réforme des retraites ? Franchement, je ne vois pas. » Dans l’entourage de Bruno Retailleau, patron des Républicains, on prévient l’AFP qu’une suspension de la réforme serait une « ligne rouge pour la droite ». Une position partagée par les proches du chef d’Horizons, Édouard Philippe.

À gauche, cette évolution du débat est perçue avec satisfaction. « C’est une belle démonstration, cela montre qu’on ne dirige pas un pays contre lui-même (…) Madame Borne nous a expliqué sur tous les tons qu’on ne pourrait revenir sur la retraite à 64 ans. Et sous la pression populaire, elle finit par craquer », a réagi Ian Brossat sur LCI. La gauche continue de mettre la pression sur le camp présidentiel. « Je veux savoir si cette victoire est réelle ou pas », a déclaré Olivier Faure, secrétaire national du Parti socialiste (PS) sur France info.

L’abrogation reste un objectif

Du côté de la France insoumise, le compte n’y est pas avec une simple suspension. « Le fait que cette réforme, qui est déjà une anomalie démocratique, soit suspendue, ce qui voudrait dire la retraite à 63 ans, n’est pas envisageable, nous voulons son abrogation », a prévenu Mathilde Panot, présidente du groupe LFI à l’Assemblée nationale. « Il n’y a pas d’issue à la crise démocratique sans abrogation de la réforme des retraites », a rappelé Thomas Vacheron secrétaire confédéral de la CGT sur BFMTV.

« La volte-face d’Élisabeth Borne est un aveu : la réforme des retraites est un échec », a réagi Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT. L’abrogation pure et simple reste d’ailleurs un objectif de la gauche. Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, n’a eu de cesse de demander ces derniers jours que le futur gouvernement laisse le Parlement pouvoir décider enfin de la réforme des retraites. « Il en aura fallu du temps à Élisabeth Borne pour comprendre que sa réforme des retraites, rejetée par 80 % des Français, était un problème démocratique et social ! Arrachons cette victoire. Après la suspension, gagnons l’abrogation », a-t-il écrit sur X mercredi matin.

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