Cambriolage historique du Louvre : que disent les rapports qui alertaient sur les failles de sécurité du musée ?

L'enquête sur le "casse du siècle" au musée du Louvre, survenu le 19 octobre, est toujours en cours et le butin, estimé à 88 millions d'euros, reste introuvable à ce jour. Mais ce braquage aurait-il pu être évité ? D'après au moins trois rapports, révélés ces dernières semaines par la presse et la Cour des comptes, les alertes sur la sécurité du musée se sont multipliées. Le Louvre assure que la direction actuelle n'était pas informée de leur existence. Franceinfo revient sur leur contenu.

En novembre 2025, la Cour des comptes dénonce des choix au "détriment de la sûreté et de la sécurité"

Le musée a négligé la sécurité au profit de l'attractivité, juge la Cour des comptes dans un rapport (PDF) publié le 6 novembre 2025, dix-huit jours après le cambriolage. Dans ce document consulté par franceinfo, la juridiction financière chargée de contrôler les comptes publics se montre très critique envers le Louvre. Elle souligne qu'entre 2018 et 2024, "le musée a privilégié les opérations visibles et attractives", comme les acquisitions d'œuvres, "au détriment de l'entretien et de la rénovation des bâtiments et des installations techniques, notamment de sûreté et de sécurité". Le rapport recommande par ailleurs au grand musée parisien de "hiérarchiser les priorités en matière d'investissements".

La direction du Louvre dit à franceinfo avoir accepté "la plupart des recommandations" de la Cour des comptes. Mais elle estime que son rapport "méconnaît" plusieurs de ses actions, notamment sur la sécurité. "Le Louvre ne doit pas être jaugé à l'aune de la crise qu'il traverse, mais à la façon dont il tire des enseignements de cette crise pour mieux se transformer. Cette crise est une épreuve, mais aussi un moment de refondation. Elle nous engage à bâtir un modèle de sécurité muséale plus robuste, plus traçable, plus exemplaire", justifie le musée.

En 2018, un audit de sûreté souligne plusieurs points de "vulnérabilité"

Le 25 novembre, Le Monde a révélé qu'une étude réalisée par le joaillier Van Cleef & Arpels avait, dès 2018, décrit précisément la faille potentielle de sécurité du musée. Sept ans avant le casse du Louvre, elle faisait état des points de "vulnérabilité" que représentaient la porte-fenêtre et le balcon par lesquels sont entrés les malfaiteurs pour dérober les bijoux, ainsi qu'un accès possible par un monte-charge, d'après le quotidien. Les risques soulignés par cet audit correspondent au mode opératoire des cambrioleurs. Grâce à une nacelle, ils sont parvenus à atteindre le balcon de la galerie d'Apollon, puis ont brisé la fenêtre à l'aide d'une disqueuse pour dérober huit joyaux de la Couronne de France.

Selon les explications du musée à l'AFP, l'audit n'avait pas été "transmis" par l'ancienne direction au moment de la prise de fonction de Laurence des Cars à la tête de l'établissement, en septembre 2021. "Ce constat appelle des actions en termes de gouvernance. En effet, les alertes ne doivent plus reposer sur la mémoire administrative des seuls agents et responsables, mais sur une remontée d'informations organisée, rigoureuse et systématique", déclare le Louvre à franceinfo. La directrice du musée a donc décidé, après le cambriolage, "de créer un poste de coordonnateur de sûreté, notamment chargé de garantir la continuité d'information et d'actions dans le temps", qui aura pour mission d'insuffler une "culture de la sûreté dans l'ensemble de l'établissement".

En 2017, un rapport déplore une carence en matière de "management de la sûreté"

"De grosses carences ont pu être constatées dans le dispositif global." Voilà en quels termes un audit de sûreté réalisé en 2017 par l'Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice (INHESJ), évoquait la situation du musée. Ce document, que franceinfo a pu consulter, relève des "carences" sécuritaires pouvant entraîner d'éventuelles conséquences "dramatiques".

"La mise en place d'une solide politique globale de sûreté ne s'avère plus optionnelle, mais essentielle."

Un audit de 2017 sur le Louvre

consulté par franceinfo

L'audit précise que "l'établissement n'a pas intégré un véritable management de la sûreté", du fait, notamment, "de l'absence d'une structure dédiée au pilotage des problématiques de sûreté".