"Le paradoxe, c’est que le Louvre a de l’argent" : la Cour des comptes épingle la gestion du musée, qui n’a pas investi dans sa sécurité

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Le Louvre a-t-il négligé sa sécurité au profit de son image de marque ? Après une longue enquête, la Cour des Comptes interroge la stratégie du musée qui privilégie les "opérations visibles et attractives au détriment (...) de l'entretien et des installations de sûreté et de sécurité".

Sur place jeudi 6 novembre, nous avons bien constaté dans les galeries du musée des caméras, des alarmes incendie, des portes coupe-feu. Problème, ces équipements ne sont plus aux normes selon le rapport à cause d'un manque d'investissement. Conséquence sur la sécurité incendie, seuls 9% des travaux nécessaires ont été financés à ce stade et selon le patron de la Cour des Comptes, ce n'est pas un problème de moyens. "Le paradoxe, c'est que le Louvre a de l'argent. Personne ne peut dire que le Louvre serait victime d'une insuffisance de ses moyens ou d'une paupérisation. Il a par exemple une trésorerie de 168 millions d'euros", indique Pierre Moscovici, premier président de la Cour des comptes.

2 700 tableaux acquis en six ans

Le musée préfère en fait investir ailleurs. Il a ainsi acheté plus de 2 700 tableaux en six ans, dont la plupart restent au placard. Comme un tableau de Tiepolo, peintre italien, payé 4,5 millions d'euros. Ou d'un de Cimabue, acquis pour 24 millions d'euros et qui n'est pas exposé. Cela étonne même un agent d'accueil du musée que nous avons interrogé en caméra discrète. "Le Cimabue s'est fait restaurer. Je pensais qu'il allait être en exposition avec ses confrères mais non. Il s'est passé. Je n'est pas du tout (où il est)", affirme-t-il.

La Cour des Comptes s'inquiète aussi d'un projet pharaonique modélisé sur ces images. Agrandir le Louvre en creusant de nouvelles galeries. Coût prévu : 666 millions d'euros, un budget qui s'est déjà envolé alors que le financement reste incertain. "Sachant qu'il y a toujours des dérapages, vous imaginez le prix et ça n'est pas financé une seule seconde. Je l'écrivais, la Cour des Comptes le dit, il n'y a pas de financement, pas de mécénat et ce n'est pas avec le contexte actuel, et le vol au Louvre, que les mécènes vont se précipiter pour aider le Louvre", assure Didier Rykner, journaliste et fondateur du magazine en ligne "La Tribune de l'Art".

De son côté, le Louvre dit accepter la plupart des recommandations tout en estimant que le rapport méconnaît parfois la réalité de son travail.