Les syndicats du groupe Safran ont obtenu un début de rectification d’une injustice salariale historique. En effet, le tribunal de Pau a déclaré en appel que l’entreprise devra communiquer au public les bulletins de paie de ses salariés masculins pour une transparence complète sur les inégalités salariales.
Le 7 novembre 2024, une ordonnance avait déjà exigé la transparence du groupe sur sa politique salariale, en rendant publiques les fiches de paye et contrats de travail de ses salariés. L’objectif pour les syndicats : prouver les profondes inégalités salariales mises en place par Safran pendant des décennies, pour que le tribunal évalue le préjudice. L’entreprise avait fait appel de ce premier jugement.
Parmi les 3 000 salariés de Bordes en Béarn et les 1 500 de Tarnos dans les Landes, 500 femmes seraient concernées par ces discriminations.
200 000 euros de différence sur une carrière
Depuis les années 1980 chez Turboméca, puis Safran, les inégalités hommes-femmes allaient de pair avec le processus de recrutement et les carrières au sein du groupe. Selon les syndicats, les femmes étaient embauchées à une catégorie inférieure à celle des hommes, en ayant le même diplôme. De plus, les femmes étaient recrutées dans la catégorie « employée », les hommes, eux, au rang de « technicien ».
À ces différences importantes s’ajoutent des inégalités salariales frappantes : à diplôme équivalent (BAC + 2), la différence du salaire d’embauche est de 300 euros nets par mois entre les hommes et les femmes. Cet écart est ensuite impossible à rattraper. Les syndicats estiment un différentiel de 200 000 euros sur l’entièreté d’une vie de travail. Pour la totalité des salariées concernées, le préjudice pourrait s’élever à 100 millions d’euros.
Suite à la décision de la cour d’appel de Pau, Me Mendiboure, avocate des salariées se réjouit : elle « va obliger le groupe à communiquer des éléments qu’il occulte depuis des années ». C’est « une grosse étape » dans une « bataille lancée depuis trois ans » sous la forme d’une action collective inédite, dit-elle encore.
Les femmes concernées par ces inégalités pourront se joindre aux syndicats et demander des réparations financières.