La raison pour laquelle le débat budgétaire est enlisé à ce point, c'est que les députés ont de plus en plus de mal à prendre des décisions, et surtout à les assumer ! Et le compromis reste toujours introuvable. Faute de majorité, personne ne peut imposer ses vues. Chaque camp n'a le choix qu'entre de mauvaises solutions.
Et plus ce choix est difficile à faire, moins les politiques parviennent à trancher. C'est humain. Au pied du mur, ils hésitent entre deux attitudes : soit procrastiner et remettre le problème à plus tard, soit se défausser et renvoyer la patate chaude à d'autres. D'où la pathétique résurrection de l'article 49-3 réclamé par de nombreuses voix pour sortir du blocage.
La nostalgie du 49-3, cette ardoise magique
Pour eux, le 49-3, c'est l'ardoise magique ! Ça permet de voter tout et n'importe quoi pour amender le texte, puis, une fois le projet de loi adopté sans vote final, de filer à la buvette de l'Assemblée pour s'abstenir au moment de la motion de censure.
Sébastien Lecornu avait enterré le 49-3 pour laisser vivre le débat, et les députés s'en sont donné à cœur joie pendant des semaines, en brandissant leurs amendements comme des trophées. Et au moment d'assumer leur choix final, beaucoup - de Bruno Retailleau à Édouard Philippe, en passant par Élisabeth Borne ou Gérard Larcher - implorent le Premier ministre de revenir sur son engagement. Comme ça, ils n'ont pas besoin d'approuver un compromis qui leur déplaît, en particulier la suspension de la réforme des retraites, sans pour autant faire chuter le gouvernement. Le 49-3, c'est ceinture et bretelles ! Bref, c'est le meilleur moyen de se défiler.
Le retour en grâce des primaires ?
Et pour échapper au couperet de la présidentielle, une autre procédure d'évitement pourrait bien revenir à la mode : la primaire. À droite et au centre, personne n'en garde un bon souvenir. Comme le 49-3, la primaire n'a pas bonne cote. Mais, face à la perspective d'un duel final Bardella - Mélenchon, tout le monde commence à s'affoler. La multiplication des candidats - Philippe, Attal, Retailleau, Darmanin et d'autres – est la garantie de l'élimination dès le premier tour.
D'où le retour en grâce de cette idée, ce pis-aller que personne n'aime. La primaire permet aux ambitieux de s'ébrouer pendant encore près d'un an, mais pour de faux, "pour du beurre", comme on dit à la récré. Et le moment venu, les moins bien placés n'ont pas besoin d'avoir le courage ou la lucidité de renoncer d'eux-mêmes. D'autres décident à leur place.
"Gouverner, c'est choisir. Si difficile que ce soit les choix", disait Pierre Mendès France, qui fut érigé en modèle de courage en politique. François Bayrou aimait à citer cette référence. Mais l'un comme l'autre ne sont restés qu'à peine plus de huit mois à Matignon. Les nostalgiques du 49-3 l'ont compris : en politique, durer, c'est souvent se défiler.