Affaire Legrand-Cohen : les autorités de régulation condamnent les méthodes de « l’Incorrect »

La calomnie laisse toujours son empreinte, et l’extrême droite l’a bien compris. Le 5 septembre dernier, le journal d’extrême droite l’Incorrect a publié une vidéo volée et truquée des journalistes de France Inter Thomas Legrand et Patrick Cohen, attablés avec des dirigeants socialistes, et engagés dans une discussion sur Rachida Dati et la mairie de Paris.

La vidéo a provoqué derechef une demande de suspension de Thomas Legrand par la ministre de la Culture, Rachida Dati, immédiatement exécutée par la direction de France Inter. Et l’accusation de collusion avec des politiques a entraîné dans la foulée la démission de Thomas Legrand.

Dix jours plus tard, les masques tombent, et les unes après les autres, les différentes instances de régulation reconnaissent la manœuvre pour ce qu’elle était : une tentative de l’extrême droite de déstabiliser France Inter.

« L’expression de convictions ou de positions est un acte journaliste légitime »

Saisi, le Comité relatif à l’Honnêteté, à l’Indépendance et au pluralisme de l‘Information et des Programmes de France Télévisions s’est prononcé ce lundi sur le cas de Patrick Cohen, qui participe quotidiennement à l’émission C à Vous sur France 5, en estimant que « rien ne permet donc d’affirmer, au vu de cette séquence, que Patrick Cohen ait d’autres objectifs que l’exercice de son métier ».

Même son de cloche, à propos des deux journalistes, par le CDJM, le comité de déontologie journalistique et de médiation, un organe indépendant, qui rappelle que « l’expression de convictions ou de positions est un acte journalistique légitime. Quelle que soit sa forme (éditorial, billet, commentaire, dessin de presse…), ce journalisme d’opinion doit être identifié comme tel pour le public et ne peut se faire qu’en exposant les faits les plus pertinents sur lesquels il se fonde ».

Le CDJM « déplore que des responsables politiques et des commentateurs instrumentalisent la déontologie ou appellent à des sanctions contre des journalistes, remettant en cause leur indépendance et la liberté d’exercer ce métier », en visant donc directement les méthodes de l’Incorrect, à l’origine du scandale.

Sur France 5, lundi 15 septembre, Patrick Cohen est sorti de sa réserve. Il a notamment révélé que « deux minutes et trente secondes d’images et de sons charcutées, coupées » avaient été tirées d’une discussion de plus d’une heure, « d’une de ces discussions banales entre journalistes et politiques ».

« Une des séquences qui a été mise en ligne d’une durée d’une minute et douze secondes a été coupée à dix reprises. Dix points de montage, visibles à l’œil nu, ce qui laisse penser que cette vidéo a été volée dans le seul but de provoquer une interprétation biaisée et malhonnête. En clair pour nous nuire », a repris Patrick Cohen. Un huissier a été dépêché pour récupérer l’intégralité des rushes.

« D’autres attaques ne manqueront pas de survenir »

Ce n’est pas la première fois que l’audiovisuel public subit ce genre de manœuvre de l’extrême droite, largement alimentée par CNews et les médias Bolloré. L’extrême droite ne se cache pas de son désir de privatiser les antennes publiques, et France Inter a déjà subi, en 2022, 73 raids en trois mois du compte X (ex-twitter).

Dans un communiqué, la semaine dernière, Le SNJ-CGT de Radio France alertait, et appelait à « garder son sang-froid et à ne pas vaciller face à des opérations de décrédibilisation. D’autres attaques ne manqueront pas de survenir. Nous devons pouvoir travailler sereinement sans secousses permanentes, ni lâchage. Ne donnons pas à celles et ceux qui nous veulent du mal la satisfaction de nous saborder nous-mêmes »

Les deux PDG de l’audiovisuel public, Delphine Ernotte pour France Télévision et Sibyle Veil pour Radio France, devraient être entendues ce mercredi 17 septembre par l’Arcom sur cette affaire.

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