Après plus de 25 ans de négociations, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen devrait obtenir la bénédiction des États membres ce vendredi pour aller parapher dès lundi prochain le traité de libre-échange avec les pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay). Sous pression de la mobilisation des agriculteurs mais aussi de la menace d’une motion de censure contre le gouvernement Lecornu brandie jusqu’au sein de feu le « socle commun », Emmanuel Macron a annoncé jeudi soir un vote contre de la France. Une décision à peu de frais pour celui qui jugeait l’accord « plutôt positif » en novembre, puisque après le ralliement de l’Italie et malgré l’opposition d’autres pays, le compte pour une minorité de blocage n’y est pas.
La position revendiquée par le président de la République est d’ailleurs loin de convaincre l’opposition dans l’Hexagone. La France insoumise a ainsi annoncé ce vendredi 9 janvier le dépôt d’une motion de censure.« La France humiliée à Bruxelles par le Mercosur que Macron n’a jamais bloqué en 8 ans de pouvoir. La France humiliée dans le monde, tel est le bilan désastreux d’un Président de la République incapable de condamner l’agression des États-Unis contre le Venezuela. Lecornu et Macron doivent partir », expliqué la cheffe de file des députés FI, Mathilde Panot, sur X.
La mobilisation des agriculteurs ne faiblit pas non plus
« Ce qui devrait être illégal c’est la ratification annoncée du traité de libre-échange avec le Mercosur lundi prochain par Ursula von der Leyen contre l’avis du Parlement Français », avait martelé la veille le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, en réaction à une déclaration de la porte-parole du gouvernement dénonçant l’entrée dans Paris des tracteurs des agriculteurs mobilisés à la fois contre le traité et la gestion par le gouvernement de la crise de la Dermatose nodulaire contagieuse (DNC).
Après que Les Républicains avaient, eux aussi, menacé d’une motion de censure le gouvernement si la France ne votait pas contre l’accord de libre-échange ce vendredi, le Rassemblement national en a également annoncé une. « En prétendant aujourd’hui s’y opposer, après des années de négociations sans jamais défendre les intérêts français, (Emmanuel Macron) tente une manœuvre de communication aussi tardive qu’hypocrite », a justifié Jordan Bardella, ajoutant que le parti d’extrême droite qu’il préside a en outre l’intention d’en déposer une autre au parlement européen.
Pour l’heure, le premier ministre Sébastien Lecornu, en quête d’une issue pour faire adopter le projet de loi de Finances, se contente de dénoncer des « postures cyniques partisanes » qui « retardent les discussions budgétaires ».
La mobilisation des agriculteurs, elle, n’a pas dit son dernier mot alors que la position ambiguë entretenue par l’Hexagone se félicitant régulièrement des « concessions » obtenues de Bruxelles, à l’instar des 45 milliards mis sur la table dans le cadre de la PAC pour donner le change, aura donc contribué à la ratification d’un dumping social et environnemental aux conséquences délétères.
Vendredi matin, les paysans de la Confédération paysanne ont envahi le périphérique parisien, appuyés par des militant·es de la CGT Paris, de Solidaires, de Cancer Colère et du collectif « Agro en lutte », pour dénoncer ce « rouleau compresseur libéral » qui concerne la « société dans son ensemble, des conditions de production à l’alimentation ». La réponse du gouvernement : la répression. Le porte-parole du syndicat progressiste a été arrêté.
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