La course effrénée aux modèles d’intelligence artificielle générative toujours plus gros, toujours plus lourds à entraîner et à maintenir au quotidien ne va pas pouvoir continuer longtemps. « Une des caractéristiques de l’IA, c’est qu’il lui faut toujours plus de tout : de données, de puissance de calcul, d’énergie pour faire tourner les machines… C’est une logique complètement incompatible avec les exigences climatiques », résume le chercheur à l’université d’Amsterdam Alex de Vries sur son site (Digiconomist).
Il n’est pas le seul à tirer la sonnette d’alarme. Des universités du monde entier (le MIT de Boston, ceux du Rhodes Island, de Tunis…) se penchent sur le sujet. Leur travail est d’autant plus précieux que les acteurs de l’IA manquent cruellement de transparence.
En effet, depuis le boom de cette technologie, tous les géants du numérique ont abandonné leurs promesses et objectifs environnementaux. Et leurs rapports annuels sur leur empreinte climatique se révèlent de plus en plus imprécis, voire clairement sous-estimés. C’est ce qu’a révélé notamment le Guardian, qui assure : « Les émissions réelles des centres de données appartenant aux Big Tech sont probablement d’environ 662 % – soit 7,62 fois – supérieures à celles officiellement déclarées. »
2,5 milliards de requêtes sur ChatGPT, chaque jour
La raison première est leur consommation énergétique. Une requête Google classique consomme à peine 0,2 wattheure (Wh), une question posée à ChatGPT 3, environ 3 Wh, quand la même posée à la dernière version, la 5, qui vient de sortir début août, réclamerait de 18 à 20 Wh.
Ces données proviennent des études « À quel point l’IA a-t-elle faim ? Analyse comparative des consommations d’énergie, d’eau et d’empreinte carbone », réalisées par des chercheurs des universités du Rhode Island (États-Unis) et de Tunis. Ce serait encore pire quand on lui demande de générer une vidéo.
Et, comme il y a quotidiennement 2,5 milliards de requêtes sur ChatGPT, l’IA générative consommerait quotidiennement autant d’énergie que 1,5 million de foyers états-uniens, eux-mêmes deux fois plus énergivores en moyenne qu’un ménage français. ChatGPT est en effet devenu le 5e outil Internet le plus utilisé au monde, juste derrière Instagram. En France, environ 10 % de la production nationale d’électricité est consommée par les centres de données. C’était 2 % il y a trois ans.
À l’électricité il faut ajouter l’eau. Il y a quelques années, les performances énergétiques des centres de données étaient mesurées et critiquées. Résultat, le tout climatisation, énergivore, a été abandonné au profit d’un refroidissement des machines à l’eau.
Depuis, excepté les rares chiffres fournis par les constructeurs de centres de données, les indicateurs font défaut. Un centre de données de taille moyenne peut en effet consommer jusqu’à 1,5 million de litres d’eau par jour, soit l’équivalent de la consommation quotidienne de plus de 13 000 foyers. Il y a plus de 300 centres de données en France, plus de 5 000 aux États-Unis.
Un grand débat démocratique sur la planification numérique
L’eau est aussi nécessaire dans la fabrication des puces. Le géant du secteur, le taïwanais TSMC, prépare une nouvelle usine spécialement dédiée à l’intelligence artificielle. Mais ses sites existants consomment déjà 150 000 tonnes d’eau par jour pour laver le silicium. C’est plus de 10 % de toute la consommation en eau de l’île. « Sans parler du fait que, dans les puces, il y a environ 80 métaux différents, nous rappelait The Shift Project (association prônant la décarbonation de l’économie).
La demande est telle qu’on en arrive à une concurrence des usages entre le numérique et l’énergie, par exemple, puisqu’on a aussi besoin d’une partie de ces métaux pour construire les éoliennes. »
« Nvidia a aussi une responsabilité là-dedans, en fournissant des nouveaux processeurs toujours plus chers, plus puissants, qu’il faut acheter en plus grand nombre que le voisin… Et toujours plus consommateurs en énergie », déplore une source syndicale chez Microsoft. Il alerte : « Avec l’IA générative, on touche réellement du doigt les limites planétaires, le maximum d’électricité qu’on peut consommer. Les Pays-Bas ne peuvent plus construire de data center faute de pouvoir les alimenter. »
Les Gafam ont beau investir dans des centrales nucléaires, la production d’énergie ne suit plus leurs besoins. The Shift Project appelle ainsi à un grand débat démocratique sur la planification numérique. « Cela a-t-il un intérêt de mettre de l’IA partout ? Cela en vaut-il vraiment le coup ? interroge le think tank.
Ces questions, nous avons tout intérêt à nous les poser collectivement dès maintenant. » Parce qu’il va falloir rapidement faire des choix. Veut-on des puces pour entraîner ChatGPT ou pour les éoliennes ? De l’énergie pour les centres de données ou pour électrifier les transports ?
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