IA : ChatGPT-5 consommerait autant d’électricité que 3 millions de foyers français

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Une requête Google classique consomme à peine 0,2 wattheure (Wh), une question posée à ChatGPT-3, environ 3 Wh, quand la même posée à la dernière version, la 5, qui vient de sortir début août, réclamerait 18 à 20 Wh. Ces données proviennent des travaux « À quel point l’IA a-t-elle faim ? Analyse comparative des consommations d’énergie, d’eau et d’empreinte carbone », réalisés par des chercheurs des universités du Rhode Island (États-Unis) et de Tunis.

Ils avancent même qu’une réponse détaillée d’environ 1 000 mots de ChatGPT-5 pourrait consommer jusqu’à 40 Wh. Ce serait encore pire quand on lui demande de générer une vidéo. Et comme il y a quotidiennement 2,5 milliards de requêtes sur ChatGPT, l’IA générative consommerait quotidiennement autant d’énergie que 1,5 million de foyers états-uniens, eux-mêmes deux fois plus énergivores en moyenne qu’un ménage français. ChatGPT est en effet devenu le 5e site Internet le plus utilisé au monde, juste derrière Instagram.

Course aux « gains de performance »

Les chercheurs précisent qu’il s’agit là d’estimations, puisque OpenAI, le créateur de ChatGPT, ne fournit plus aucune donnée sur le fonctionnement de ses intelligences artificielles, ce qui est d’ailleurs un sérieux problème. Avec l’Ademe (l’agence publique pour la transition écologique), les Français de Mistral ont publié l’empreinte environnementale de leur IA générative et leur méthodologie. On y voit que 85,5 % de la consommation électrique et 91 % de la consommation d’eau de son activité sont concentrées dans l’entraînement et l’inférence (la génération des résultats au quotidien).

Comme Mistral et ChatGPT ont le même hébergeur (Microsoft), l’exercice de transparence de l’entreprise française permet des extrapolations. L’entreprise française explique aussi que la puissance utilisée augmente quasi proportionnellement avec la largeur du modèle, c’est-à-dire le nombre de paramètres qui le constituent. Plus les géants du numérique voudront créer des modèles uniques capables de tout faire, plus ils seront gourmands en ressources et en matériels haut de gamme, comme les processeurs de Nvidia.

Pour asseoir leur position dominante, les géants du secteur prétendent que des modèles d’IA toujours plus grands sont nécessaires pour développer des modèles capables d’effectuer des tâches comme des humains. C’est ce que défend le patron d’OpenAI, Sam Altman, sur son blog : « Plus on dépense d’argent, plus on peut obtenir des gains de performance continus et prévisibles », assure-t-il.

Appel à une transparence totale

L’outil comparatif proposé par le chercheur en sciences de la donnée Nidhal Jegham, de l’université du Rhode Island, permet aussi de scruter la consommation en eau des modèles d’IA. Là encore, ChatGPT-5 est l’un des plus mauvais élèves. Une requête texte de taille moyenne consommerait ainsi entre 20 et 50 ml d’eau. Ainsi, environ 62,5 millions de litres d’eau seraient utilisés, chaque jour, pour refroidir les serveurs qui hébergent ce modèle d’IA. Mais là encore, l’absence de transparence est problématique.

Il y a quelques années, les performances énergétiques des centres de données étaient mesurées et critiquées. Résultat, le tout climatisation, énergivore, a été abandonné au profit d’un refroidissement des machines à l’eau. Et depuis, à part les rares chiffres fournis par les constructeurs des centres de données, les indicateurs manquent. Au Guardian, l’un des auteurs de l’étude « appelle OpenAI et les autres développeurs à s’engager à une transparence totale en divulguant publiquement l’impact environnemental de GPT-5 ».

Cette inflation énergétique des centres de données n’est en tout cas pas près de s’arrêter. Meta et Microsoft travaillent à la mise en service de nouvelles centrales nucléaires pour y faire face. OpenAI et Donald Trump ont annoncé 500 milliards de dollars – plus que le programme spatial Apollo – pour construire jusqu’à dix nouveaux centres de données. Selon des projections publiées en décembre par le ministère de l’Énergie états-unien, d’ici à 2028, l’IA pourrait à elle seule consommer autant d’électricité chaque année que 22 % des foyers américains.

C’est ainsi qu’il faut expliquer les sorties lunaires de Sam Altman, qui demandait à ses clients en avril dernier d’être malpoli avec ChatGPT, d’arrêter de lui dire « bonjour » ou « merci » car chaque réponse de l’IA non productive consomme de l’énergie et lui coûte de l’argent. Ainsi, la dernière version en date est conçue pour être beaucoup plus froide et impersonnelle pour dissuader les conversations légères. Face à la fronde des usagers qui réclamaient le retour à la précédente version, Sam Altman a annoncé ce week-end qu’il allait rendre ChatGPT-5 « plus chaleureux et amical » mais qu’il allait procéder par « touches subtiles ».

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