La tentation de se moquer du deuxième livre de Jordan Bardella est grande. En couverture de Ce que veulent les Français, qui succède à Ce que je cherche, toujours aux éditions Fayard, propriété de Vincent Bolloré, il apparaît penché sur son bureau en bois dans une posture gaullienne. En quatrième de couverture, on le voit, dans une imagerie chiraquienne, faire face à des vaches au milieu d’un pré, les mains dans le dos.
C’est souligné, surligné : le président du Rassemblement national (RN) se prépare à l’élection présidentielle de 2027 et s’imagine parmi les grands. Pas de place pour la subtilité. Et l’ensemble de son ouvrage est à l’avenant : l’heure est aux gros sabots.
Mais la démarche est à prendre au sérieux tant l’eurodéputé entend, par ce livre, s’offrir une tournée médiatique à l’occasion de laquelle il se vendra avec acharnement comme le candidat de la « France qui travaille, humble et silencieuse ». Pour ne pas dire de « la France des honnêtes gens », comme le revendique de son côté Bruno Retailleau, président des « Républicains » (LR), l’un de ses concurrents dans l’espace identitaire.
OPA sur le monde du travail
Dans l’entourage de Jordan Bardella, on promeut cette nouvelle sortie en librairies en la décrivant comme « une photographie d’une époque », le « journal intime d’un pays ». En lisant ces 400 pages, on pense plutôt à un détournement de la colère sociale.
Si chaque chapitre est consacré à un citoyen, à son quotidien, à son corps de métier, et le plus souvent à ses galères, ces témoignages sont déformés et utilisés par Jordan Bardella pour y insérer ses réponses, issues des orientations de son parti, qu’il désigne comme autant de mesures « relevant de l’évidence ».
Le tout en mettant en scène une opposition : la vraie vie et le besoin de nuances, que lui seul porte, contre les réseaux sociaux et l’odeur de soufre permanent, soit le reste du monde. « Aujourd’hui, je comprends mieux ma raison d’être », esquisse-t-il, non sans pathos.
Dans ces pages, le dirigeant d’extrême droite a un objectif clair : mener une OPA sur la question du travail. Celui-ci serait trop taxé. C’est la « France prise à la gorge alors qu’elle travaille », comme il le dit à propos d’un boulanger. Ce pays qui « produit », si mal compris de « ceux qui décident ». Des entrepreneurs disent être malheureux dans un pays « où la réussite fait de vous un suspect ».
Le pays est carrément hostile, à lire un restaurateur d’origine italienne, qui regrette « le Paris d’avant », quand celui d’aujourd’hui est, à l’en croire, garni de « gens agressifs » (le plus souvent étrangers, bien entendu) qui bénéficient de la « culture de l’excuse ». Pour attester cet air de « c’était mieux avant », Bardella dégaine un grand témoin, une juge, Pascale Piera. Elle est eurodéputée et au RN, mais ce ne sera pas précisé.
Sur la ruralité, enfin, Bardella charge l’écologie en citant des agriculteurs, qui subiraient les charges de l’Office français de la biodiversité (OFB), « comme s’ils étaient des dealers ». Pour conclure la plupart de ces récits, Jordan Bardella leur pose souvent les mêmes questions : « Avez-vous un rêve ? », « Où vous imaginez-vous dans dix ans ? » Pour lui, l’ambition relève de l’évidence.
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