Le rapport qu’entretiennent les médias français avec la réalité du dérèglement climatique, la matérialité des catastrophes qui en découlent et la véracité des alertes scientifiques ne cesse de s’obscurcir. La dernière note rédigée par les trois organisations non gouvernementales (ONG) Quota Climat, Data for Good, Science Feedback, publiée jeudi 10 avril, vient appuyer ce constat.
Basée sur les données recueillies par l’Observatoire des médias sur l’écologie, la première mouture de cette étude qui sera complétée pour septembre 2025 fait état, sur trois mois d’antenne – donc, télévision et radio combinées – de 128 cas de désinformation. « Soit une dizaine de cas par semaine », annoncent les trois ONG. Ces dernières en ont profité pour dévoiler une cartographie du champ médiatique en lien avec ce problème.
« 64 % de la désinformation dans les chaînes privées et 36 % dans les publiques »
Sud Radio y apparaît comme étant le principal relais de désinformation avec 40 cas détectés sur trois mois. La station est suivie par la chaîne du groupe Bolloré CNews (26 cas). Vient ensuite LCI et RMC avec 11 cas, BFMTV et Europe 1 avec 10 cas, franceinfo TV avec 9 cas, France 2 avec 4 cas, puis franceinfo radio et France Inter avec 2 cas. Seul un cas de désinformation a été détecté chez Arte, France Culture et RTL sur la période observée.
Quota Climat, Data for Good, Science Feedback démontrent donc que les médias privés « tirent largement la désinformation climatique à la hausse, avec plus de 81 % de la désinformation relative identifiée ». La station Sud Radio est, à elle seule, notamment derrière 45 % de la désinformation observée. « Ce média mis de côté, la différence entre privé et public est réduite : 64 % de la désinformation relative est observée dans les chaînes privées, et 36 % dans les chaînes publiques », expliquent les trois ONG. Deux thématiques sont particulièrement touchées : l’énergie (50 % des cas) et la mobilité (47 %).
Des résultats à mettre en parallèle avec la – toujours – faible part des informations sur l’environnement dans le temps d’antenne. « Elle n’occupe que 2 % de temps (télévision et radio) dans les programmes d’information en France, début 2025 », alerte l’Observatoire des médias sur l’écologie.
Autre point inquiétant, la note de 31 pages pointe « une prévalence de la désinformation climatique (…) à proximité des grands moments politiques et géopolitiques ». Concrètement, les stations de radio et les chaînes de télévision françaises contribuent à « une forte perméabilité du débat public » lors de moments politiques majeurs – par exemple lors de la période ayant précédé et suivi l’investiture de Donald Trump à la présidence des États-Unis. Les médias observés impulsent ainsi, selon la note, « des vagues de désinformation sur des moments démocratiques d’importance ».
Or, selon une étude publiée le 13 décembre 2024 par les 34 organisations faisant partie du réseau de vérification des faits EDMO (Agence France-Presse, Greece Fact Check, Polígrafo, etc.), 13 % de la désinformation détectée en Europe, sur le mois de décembre 2024, portaient sur le dérèglement climatique, suivi de peu par la guerre en Ukraine (8 %), l’immigration (4 %) ou, encore, la communauté LGBTQIA + (2 %).
Les trois ONG citent plusieurs cas de désinformation dans leur note. Par exemple sur un plateau de LCI, le 19 janvier 2025, lorsque l’essayiste Luc Ferry affirme que la voiture électrique pollue plus que la voiture thermique. Loin de remettre en cause ou de questionner sa prise de position, le journaliste lance : « Beaucoup dans la jeune génération considèrent qu’on n’a même pas le droit d’avoir ce débat-là. »
« La désinformation liée au climat qui a presque doublé »
Mais aussi le 31 janvier 2025, sur Sud Radio, où l’économiste Philippe Béchade estime que « pour les écologistes, il faut combattre le CO2, dont je rappelle que c’est quand même une composante de 0,04 % de l’ensemble de l’air que nous respirons et qui entoure la planète. » À la suite de quoi, il ajoute : « Et les émissions, dites anthropiques, représentent 0 quelque chose derrière la virgule. Autrement dit, on combat la capacité de réchauffer l’atmosphère de 0,004 %, et on considère que les 99,997 autres % ne comptent pour rien dans le réchauffement climatique. » Encore une fois, sans être repris par le journaliste présent dans le studio. Or, les trois ONG rappellent que les « rejets de CO2 liés aux activités humaines ne sont pas négligeables, ils ont augmenté la concentration en CO2 de l’atmosphère de 50 % entre 1750 et 2023 ».
De plus, « le principal phénomène de désinformation, en novembre, a été les inondations catastrophiques qui ont frappé le sud de l’Espagne, contribuant en partie à l’augmentation de la désinformation liée au climat qui a presque doublé en deux mois, passant de 7 % en septembre à 13 % en novembre », résume l’étude. Si le gendarme de l’audiovisuel, l’Arcom, a mis en garde pour la première fois (en juin 2024) un média – Sud Radio – pour une séquence consacrée à la COP28 dans l’émission Bercoff dans tous ses états, et diffusée le 7 décembre 2023, les médias français peuvent donc contribuer à la désinformation sans risquer grand-chose.
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