Kanaky Nouvelle-Calédonie : l’exécutif entend passer en force avec un référendum sur l’accord de Bougival

À l’issue de son déplacement en Kanaky Nouvelle-Calédonie, la ministre des outre-mer, Naïma Moutchou a annoncé ce vendredi la tenue d’une « consultation citoyenne anticipée » sur le projet d’accord de Bougival. Un nouveau passage en force de la part de l’exécutif sur ce dossier, sans l’aval du principal mouvement indépendantiste, le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS).

« Nous allons d’abord donner la parole aux habitants. Cela donnera de la puissance à ce qui est discuté », a expliqué la ministre lors d’un entretien sur la chaîne Nouvelle-Calédonie La 1ère. « Je ne ferai pas sans le FLNKS, à condition que le FLNKS ne fasse pas sans les autres », a également rajouté Naïma Moutchou.

La France maintient une politique coloniale

Cette consultation locale qui pourrait se tenir en février devait initialement être organisée après l’adoption d’une loi constitutionnelle par le Parlement. L’accord dit de Bougival, présenté en juillet a été rejeté par le FLNKS lors d’un congrès le 9 août.  « Ce n’était qu’un projet d’accord qui a été signé à Bougival. Mais l’État cherche à appliquer cet « accord » coûte que coûte, à marche forcée, sans les indépendantistes, sans le peuple kanak » a récemment expliqué Christian Tein président du FLNKS dans un entretien à l’association Survie. Il y voit le maintient d’une politique néocoloniale.

L’initiative du gouvernement a été favorablement accueilli par les mouvements anti-indépendantistes. La présidente du groupe Rassemblement au Congrès de la Nouvelle-Calédonie, Virginie Ruffenach a estimé que la « consultation citoyenne envisagée fera des Calédoniens les véritables juges de paix ».

« Le FLNKS ne veut pas, à ce stade, trouver un accord avec l’Etat et les forces politiques calédoniennes (…) Les autres forces ont donc fait le choix de soumettre l’accord de Bougival aux Calédoniens avant que le Parlement n’ait à adopter une loi constitutionnelle », a de son côté déclaré la cheffe de file de la droite et des Loyalistes, Sonia Backès.

Les autorités françaises semblent poursuivre leur passage en force. Le parti non-indépendantiste Calédonie ensemble a émis des réserves car « une consultation référendaire » ne saurait contourner « une formation politique hostile à l’accord », mais doit consacrer « un consensus préalable ».

Macron ne veut pas l’indépendance

Le mouvement met en garde contre un vote organisé sans accord global, rappelant « les événements du 13 mai 2024 » et le référendum d’autodétermination de 2021, boycotté par les indépendantistes.

Le FLNKS, qui a rencontré la ministre des outre-mer à deux reprises lors de son déplacement a réaffirmé vendredi que le projet de Bougival « ne saurait constituer une base de travail, car il est contraire au processus de décolonisation ». « Toute tentative de passage en force sans le FLNKS risque d’entraîner le pays dans une instabilité durable », prévient l’organisation dans un communiqué. Pour Christian Tein, l’attitude d’Emmanuel Macron est problématique, le président français semble vouloir « tout reverrouiller pour que la Nouvelle-Calédonie reste dans la France ».

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