À l’origine, Grasse ne sentait pas la rose, mais le cuir. Bien avant de devenir la capitale mondiale du parfum, au Moyen Âge, la cité était spécialisée dans la tannerie et très réputée pour ses gants. Problème : cette industrie dégageait une odeur pestilentielle qui venait imprégner les différentes fabrications. Pour résoudre ce problème olfactif de taille, un gantier de la ville aurait alors fait le choix d’imprégner ses produits d’essences florales. Le bruit court même que Catherine de Médicis en personne aurait été férue de ce type d’accessoires et aurait contribué à lancer une mode auprès de la cour, celle des gants parfumés.
Progressivement, la ville opère une reconversion dans les senteurs. Aux alentours, des fleurs à parfum – iris, jasmin, rose, tubéreuse – sont cultivées. De grandes maisons s’implantent. Ainsi Fragonard, Galimard et Molinard font aujourd’hui figure de piliers d’un patrimoine vivant. En 2018, c’est la consécration : l’Unesco inscrit « les savoir-faire liés au parfum en pays de Grasse » au patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Il ne s’agit pas uniquement de produire de jolies bouteilles : à Grasse, on cultive, on récolte, on distille, on assemble. Et ce que l’on ne peut pas produire sur place, on l’importe sous forme d’huiles, pour des raisons évidentes de logistique. Une filière exigeante, où le geste compte autant que le nez.
Une ville qui éveille les sens
Le musée international de la Parfumerie, situé dans un bel hôtel particulier, retrace l’épopée de cet art, qui a pris racine dans l’Antiquité pour se perpétuer de nos jours. Flacons précieux, matières premières, publicités d’époque : tous les éléments sont présents et racontent le poids économique et symbolique du parfum. L’expérience devient complète quand on pénètre dans le jardin conservatoire : dans cet écrin floral, situé à Mouans-Sartoux (à quelques kilomètres de Grasse), les visiteurs peuvent toucher, sentir le terroir et comprendre son importance dans la fabrication d’un parfum.
Depuis quelques années, Grasse abrite aussi l’Isipca, grande école de formation aux métiers de la parfumerie fondée en 1970 à Versailles, à l’initiative du parfumeur Jean-Jacques Guerlain. Grasse et Versailles sont par ailleurs les deux seules villes au monde à former les « nez » de demain, ce métier qui consiste à analyser les fragrances des produits, à la différence du parfumeur qui, lui, crée le sérum.
On peut y voir la Méditerranée par temps clair
Mais Grasse ne vit pas que de ses flacons. Sa vieille ville escarpée, au tracé médiéval, qui regorge de ruelles pittoresques, de placettes ombragées et de fontaines moussues, vaut à elle seule le détour. En rêvassant les yeux en l’air, on aperçoit des balcons en fer forgé, des volets pastel, des trompe-l’œil peints à même la pierre, révélant ici un balcon, là un faux cadran solaire. La lumière y joue à cache-cache. Les parapluies de l’Expo rose ont toujours autant de succès dans la cité des parfums, où près de 3 000 exemplaires sont déployés chaque printemps comme ils le sont à Lisbonne depuis 2019 et laissent voir la ville en rose.
La cathédrale Notre-Dame-du-Puy, bâtie au XIIIe siècle, mérite également une halte : elle abrite plusieurs œuvres de Rubens, mais aussi une toile de Jean-Honoré Fragonard, enfant du pays, peintre qui inspira le fondateur de la maison de parfum du même nom. En descendant dans la crypte, vous pourrez peut-être même avoir l’occasion de découvrir une exposition où sont actuellement affichées 24 photos de célébrités et autres personnalités du monde des arts pour lesquelles des parfumeurs et des maisons de composition de Grasse ont imaginé une senteur particulière à travers plusieurs créations originales. Intitulée « Sens 2 intimités », elle est ouverte gratuitement au public jusqu’au 5 juillet.
À quelques pas de là, le jardin de la Princesse-Pauline donne une vue imprenable sur la campagne grassoise et même jusqu’à la Méditerranée par temps clair. Que l’on vienne à deux ou avec les enfants, la ville offre un parfait équilibre entre découvertes sensorielles, nature et patrimoine. Le printemps est la meilleure saison pour la découvrir : les fleurs y sont reines, et les effluves, omniprésents. Pour prolonger l’escapade, l’hôtel la Bellaudière, ancienne maison de maître sur les hauteurs, offre calme et panorama. Parfait pour rayonner vers le plateau de Caussols ou les gorges du Loup, prisés des randonneurs.
Un week-end à Grasse
Commune de départ : Grasse (Alpes-Maritimes). Type de balade : pédestre. Difficulté : facile. Durée : 45 min + visites et jardins du musée international de la Parfumerie. Distance : 2,5 km.
- Arrivée à Grasse en TER (environ 5 euros depuis Nice).
- Découverte de la vieille ville, visite de la cathédrale et pause au jardin de la Princesse-Pauline.
- Musée international de la Parfumerie (entrée à partir de 4 euros).
- Le lendemain, visite gratuite de la parfumerie Fragonard (30 min).
- Atelier création de parfum chez Molinard (à partir de 35 euros, réservation conseillée).
- Visite des jardins du musée international de la Parfumerie à Mouans-Sartoux (3,90 euros en TER depuis Grasse, 10 min). Entrée : 4 euros plein tarif.
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