J’aurais dû vous raconter mon passage du Horn (3e et dernier grand cap du tour du monde) que j’ai doublé ce jeudi en fin de journée, mais l’océan en a décidé autrement… J’ai dû à nouveau freiner mon bateau et mettre la course entre parenthèses. Ça fait deux mois que je suis en mer et je viens de me rajouter deux jours supplémentaires.
Dans la nuit de dimanche à lundi, le vent est monté à 35 nœuds (65 km/h) avec des rafales à 40 (74 km/h). Alors que je décidais de réduire la voilure, j’ai trouvé mon J2 (voile d’avant) plus mou que d’habitude. J’ai serré les dents et décidé d’aller à l’avant du bateau dans cette mer forte, avec le bateau qui enfourne, pour vérifier mes craintes : la fixation de mon étai de J2 (qui relie la voile d’avant au mât) était arrachée.
Il a fallu faire vite, j’ai récupéré in extremis ma voile. Arrivé une minute plus tard, l’étai serait parti, la voile se serait déroulée et avec cette tension le mât serait certainement tombé… J’ai pu agripper tout ce que je pouvais comme cordages et sangles pour maintenir la voile sur le pont et la brider.
J’ai reçu tellement de paquets d’eau, que mon gilet de sauvetage s’est déclenché et a gonflé. Impossible de tenter une réparation dans ces conditions. Pendant une vingtaine d’heures, j’ai attendu l’accalmie avec la peur au ventre que cette aventure s’arrête ici aux portes du cap Horn. Traversé par toutes ses émotions, j’ai beaucoup pleuré…
Après un peu de sommeil et un bon plat d’andouillettes, le vent s’est calmé et j’avais suffisamment d’énergie pour entreprendre cette réparation habituellement réalisée par des gréeurs professionnels au port. Dans l’obligation de ralentir pour réparer, la dépression que je surveillais sur le cap Horn m’a bloqué la route, j’ai dû à nouveau patienter qu’elle passe. Double peine ? C’est ce que je pensais, jusqu’à ce que je croise la route d’une baleine. Pendant de longues minutes, elle est restée autour du bateau, on a discuté, c’était magique. C’est ça le Vendée Globe, une succession de « très bas » et de « très hauts » ! Même en pleine adversité, la nature réserve parfois de belles surprises. Alors, oui, j’ai perdu l’avance que j’avais réussi à grappiller à mes concurrents, mais je suis heureux d’être toujours en course.
Avant de partir, une dernière chose…
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