La saison 2024-2025 de la Coupe du monde de ski de fond, commencée en Finlande le 29 novembre dernier, fait étape ce week-end en France, dans le Jura, à un mois des mondiaux chez les rois de la discipline, en Norvège, à partir du 26 février. Un moment charnière pour le coach de l’équipe de France masculine, Thibaut Chêne.
En organisant une étape de la Coupe du monde, les tricolores ont obtenu un quota de 28 skieurs, entre confirmés et relève de demain. À un peu plus d’un kilomètre à vol d’oiseau du lieu des compétitions, le stade nordique des Tuffes, se trouve le havre de l’équipe de France : le Centre national de ski nordique et de moyenne montagne, une structure ouverte en 1969 pour favoriser l’éclosion du Haut niveau. Jouer à domicile, c’est un avantage ou un inconvénient ?
Un avantage indéniable, nous nous entraînons sur ce parcours, nous avons a priori moins de surprises à appréhender, et nous avons ce supplément d’âme du public – on attend 12 000 personnes – qui porte. Contrairement au biathlon où il y a une part de concentration lors des séances de tir et qui appellent de la discrétion de la part du public, le ski de fond est un sport de pur rendement, je ne connais pas de fondeur qui se plaindrait d’être encouragé. On est plutôt à l’image du Tour de France cycliste ; plus il y a de monde, mieux c’est.
Vous pouvez présenter 28 athlètes tricolores pour cette étape jurassienne, à un mois des Championnats du monde à Trondheim, en Norvège, est-ce que cela a valeur de test pour un entraîneur ?
C’est l’occasion de brasser un peu de monde bien entendu, mais surtout de permettre à de jeunes athlètes en devenir d’offrir une expérience de découverte de la Coupe du monde. Après, dans le jeu des Mondiaux, ce sont avant tout les « tauliers », ceux qui sont présents sur la Coupe du monde tout au long de la saison qui sont, je pense, candidats et aptes à aller chercher des médailles en Norvège.
Sur le sprint je pense à Lucas Chanavat, Richard Jouve, Jules Chappaz. En distance, Hugo Lapalus, Mathis Desloges, Jules Lapierre… Nous avons des athlètes qui ont déjà fait des podiums en Coupe du monde. Après, si une perf, une bonne surprise arrive, on foncera, bien sûr.
La star norvégienne Johannes Hoesflot Klaebo fait l’impasse sur l’étape jurassienne, son absence ne dévalorise-t-elle pas l’épreuve ?
Il manque juste aux Rousses le meilleur fondeur au monde qu’est Klaebo. Il joue beaucoup de choses et fait une impasse stratégique puisqu’il ne disputera ni cette étape de Coupe du monde, ni les championnats nationaux chez lui, au même moment. Mais le champion du monde en titre en skating, Simen Hegstad Krüger, est là, le dauphin de Klaebo, Erik Valnes, est présent aussi. Le meilleur classiqueur du monde, le Finlandais Iivo Niskanen, est présent. Ce n’est pas une étape au rabais.
Absente également, l’Italie, mais pour d’autres raisons…
Oui, complètement. L’Italie a décidé au niveau national, après avoir accueilli le Tour de ski chez elle (une compétition qui rassemble en une semaine toutes les disciplines, entre skiathlon, poursuite, sprint et mass-start – NDLR), de faire l’impasse complète sur la Coupe du monde pour mieux se préparer pour les Mondiaux.
N’y a-t-il pas néanmoins, à l’instar d’autres sports, un problème de calendrier pour les athlètes, Klaebo cette semaine est au repos, ni championnat, ni coupe.
La question est comment trouver l’équilibre entre faire vivre un circuit mondial, avec ses enjeux économiques il ne faut pas le cacher, et des retombées médiatiques dans une période hivernale forcément courte. À titre personnel, le calendrier me convient, je ne le trouve pas si surchargé, faisons attention à ne pas se focaliser sur l’absence d’un seul athlète.
Le ski nordique ne peine-t-il pas à exister face au biathlon, en dépit du niveau des fondeurs français, même si 12 000 personnes viennent vous encourager ici, dans le Jura ?
Le biathlon tire vers le haut, c’est certain, l’attention du public, surtout quand il est diffusé sur une chaîne gratuite, l’Équipe TV (la chaîne vient de reconduire jusqu’en 2030 son accord de diffusion de la discipline, NDLR). Donc oui, les passionnés de sport vivent la saison hivernale avec du biathlon, comme moi je rythme mon mois juillet avec le Tour de France. On nous confond souvent avec les biathlètes d’ailleurs !
Le ski de fond est plus ingrat, moins fun, c’est sûr, il y a moins de retournements de situation qu’au biathlon, mais nous n’avons pas à rougir des résultats des Françaises et des Français sur le circuit international. Et j’ajouterai : des champions de très haut niveau, des gens qui brillent et qui restent « normaux », accessibles, à qui on peut vraiment s’identifier.
Avant de partir, une dernière chose…
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