À quoi joue donc Edouard Philippe ? La question a repris de la vigueur depuis qu’Édouard Philippe a annoncé que ses troupes du groupe Horizons n’approuveront pas en l’état le budget de la Sécurité sociale, mardi 9 décembre. L’ancien Premier ministre laisse encore planer le suspense entre le vote contre et l’abstention, mais sans les 34 députés Horizons, Sébastien Lecornu n’a presque aucune chance de faire approuver le projet de loi de financement de la Sécurité sociale.
Pour autant, le Premier ministre a de nouveau répété, mercredi 3 décembre, qu’il n’utiliserait pas le 49-3. Il prévient, par ailleurs, que sans nouveau budget, le déficit de la Sécurité sociale atteindrait 30 milliards d’euros et il en appelle donc à l’esprit de responsabilité. Un message qui vise directement Édouard Philippe, lui qui revendique le sérieux budgétaire et aime à rappeler que le niveau du déficit public était revenu en dessous de 3% du PIB quand il était à Matignon.
Le spectre de la dissolution
Édouard Philippe pourrait, dès lors, faire capoter le budget de la Sécu, le jugeant en l’état irresponsable. Dans son viseur, deux mesures concédées par Sébastien Lecornu aux socialistes : la suspension de la réforme des retraites et la hausse de la CSG sur les revenus du patrimoine. Cependant, Edouard Philippe est soupçonné de vouloir continuer à régler ses comptes avec Emmanuel Macron.
En octobre, il avait semé le trouble jusque parmi ses partisans en demandant au chef de l’Etat de démissionner après l’adoption du budget pour organiser une "élection présidentielle anticipée". L’absence de budget de la Sécu n’entraîne pas automatiquement la chute du gouvernement, mais il serait extrêmement fragilisé avant le vote encore plus incertain du projet de loi de finances. En outre, le spectre de la dissolution resurgirait.
Présidentielle 2027 en ligne de mire
Dans ce contexte, Édouard Philippe pourrait être accusé de semer le désordre, c'est du moins le procès que lui font les macronistes. De son côté, l’ancien Premier ministre pense qu’en 2027, son salut ne peut venir que d’une franche rupture avec Emmanuel Macron. Il veut donc poser des marqueurs forts dès maintenant pour en récolter les bénéfices dans 15 mois. Sans changer, ni de calendrier, avec un projet dévoilé au printemps, ni de stratégie, en l'occurrence, pas question de s’embarquer dans une improbable primaire du socle commun pour être désigné.
Pour s’imposer à ses rivaux, il mise sur sa cote dans les sondages. Son problème, c’est que son étoile a pâli. Ses concurrents à droite et au centre ont comblé l’essentiel de leur retard. De plus, pour la première fois, un récent sondage l’a donné battu par Jordan Bardella. Jusque-là, Édouard Philippe tirait sa force de son statut de meilleur barrage contre l’extrême droite. Si le barrage se lézarde, le candidat court le risque d’être englouti.