Elle s’appelait Caroline Grandjean. Lundi 1er septembre, jour de la rentrée des classes, le corps de la directrice (et seule enseignante) de l’école de Moussages (Cantal) a été retrouvé, sans vie, au pied d’une falaise. Quelques minutes auparavant, elle avait prévenu les secours de son intention de mettre fin à ses jours. Mais il était déjà trop tard – et en vérité, le sort de l’enseignante s’est noué bien en amont.
Homosexuelle assumée, mariée, elle avait découvert à partir de 2023 des inscriptions homophobes la visant, sur les murs de sa propre école : « Gouine = pédophile », « Va crever sale gouine »… Mais ses cinq plaintes finiront classées sans suite. Quant aux signalements à sa hiérarchie, ils n’amèneront qu’une… proposition de mutation à la rentrée 2024. Elle refuse, pour ne pas céder face au corbeau et parce que ce n’est pas aux victimes de harcèlement de partir, mais elle ne reprend pas son poste. La mairie du village se félicite publiquement d’une rentrée « sereine »… car sans elle.
L’Histoire de Caroline avait été racontée par l’auteur de BD Remedium qui, le 2 septembre, a estimé sur le site du Café pédagogique qu’il fallait voir « un message dans le fait qu’elle ait choisi cette date de la rentrée pour se donner la mort ».
Rongée par son isolement dans le village, par le manque de soutien, à la fois dans le village et de la part de l’Éducation nationale, elle a donc mis fin à ses jours. La FSU-Snuipp et le S2DE (Syndicat des directeurs et directrices d’école) demandent une enquête administrative. Le ministère, lui, se dit « profondément touché ». C’est bien tard.
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