TEMOIGNAGES. "Ils ont tué et égorgé tout le monde" : des réfugiés soudanais au Tchad témoignent des horreurs perpétrées par les FSR à al-Facher

Entre 170 000 et 250 000 personnes étaient bloquées dans la ville au moment de la chute d’al-Facher. Plus de 80 000 auraient réussi à fuir mais personne ne sait où elles sont. Certains réussissent à atteindre le Tchad voisin en entrant, pour la plupart par Tiné et Oure Cassoni au nord-est du pays. 

Brahim Ahmad Abbakar vient d’arriver dans le camp de réfugiés de Touloum, à environ deux heures de Tiné, à la frontière soudanaise. C’est là qu’une partie des nouveaux réfugiés sont délocalisés pour désengorger la frontière. Il a quitté al-Facher la veille de l’ultime offensive des paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) emmenées par le richissime général Mohamed Hamdan Daglo, dit "Hemedti".

"Des bombardements, des armes et des gens tués tous les jours… Ça fait plus d’un an que nous sommes cachés dans les tranchées, sous terre."

Brahim Ahmad Abbakar, réfugié d’al-Facher

à franceinfo

"Tous les jours, il y avait plusieurs centaines de bombardements, et le jour de l’attaque, tous ceux qui ont cherché à quitter la ville sont morts, poursuit le réfugié. Ils ont tué tous les civils. Ils ont tué tout le monde. Quand tu es face à eux, que tu sois militaire ou non, ils ont tué et égorgé tout le monde. C’est dur. Je n’arrive pas à en parler".

"Humiliés, harcelés, pillés"

Le 26 octobre dernier, la capitale du Darfour-Nord tombe entre les mains des FSR après un siège de 18 mois. Le mari de Rahma Mouhamad Abdallah a été tué par balle, l’année dernière, mais elle a réussi à quitter al-Facher avec ses cinq enfants. "Il n’y avait pas de répit, on passait la journée dans les sous-sols, raconte-t-elle. Des enfants ont été tués. Ils sont morts de soif. On voyait des enfants errer seuls, sans habits, perdus. Beaucoup ont perdu père et mère." 

"On s’est moqué de nous, on a été humiliés, harcelés, pillés. Ils ne nous ont rien laissé".

Rahma Mouhamad Abdallah, réfugiée soudanaise

à franceinfo

D’autres ont réussi à quitter al-Facher il y a plusieurs mois. Samia Ousman Ali est arrivée à Tiné en juillet avec ses trois enfants. Originaire de la capitale, son mari est militaire de l’armée régulière soudanaise. Il est introuvable. "Je ne sais pas ce qu’il est devenu. Je l’ai laissé là-bas, mort ou vivant je ne sais pas, confie-t-elle. Je n’ai plus du tout de nouvelles. Depuis la chute d’al-Facher, on n’a plus aucune nouvelle. On vivait sous les bombardements et les avions qui tournaient. On a vu des gens se faire frapper. Et sur la route, ils nous ont pillés".

Les routes qui relient le Soudan au Tchad sont très dangereuses . Il y a des bombardements, des tirs de drones mais aussi des check-points qui rendent la fuite vers le Tchad très difficile.